PSG, OM, OL, ASSE, FC Nantes, RC Lens - Mercato : le Brexit, un faux problème pour la L1
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par Alexandre Corboz
ENQUÊTE BREXIT

PSG, OM, OL, ASSE, FC Nantes, RC Lens - Mercato : le Brexit, un faux problème pour la L1

Si le Brexit va forcément impacter le marché des transferts, les clubs de Ligue 1 pourraient quand même être épargnés par le désastre. Analyse.

En Ligue 1, le « Brexit du foot », effectif depuis le 1er janvier dernier, est pour l'instant observé du coin de l'oeil. Délégué général adjoint du syndicat Première Ligue, Bruno Belgodère a étudié la question à la demande des présidents de club. « Nous avons fait une étude d'ordre fiscal. Il en ressort qu'il n'y a pas d'impact sur la TVA et que les procédures administratives ne changent quasiment pas. En revanche, là où il y a un impact c'est sur les joueurs mineurs et sur le marché des transferts. Malgré tout, il est aujourd'hui difficile de calculer précisément l'impact du Brexit surtout dans un marché ralenti partout en Europe et dans le Monde par la crise économique ».

Pour le DG adjoint du syndicat, il faut encore attendre cet été ou plus probablement 2022 pour tirer les premiers enseignements du Brexit. Pour l'heure, ce changement de législation n'est pas un réel motif d'angoisse : « Ce n'est pas le sujet d'inquiétude principal. C'est un sujet qui s'ajoute à une crise économique globale. Aujourd'hui, on ne peut pas parler de catastrophe avec le Brexit mais il n'est pas exclu que certains clubs, notamment en Ligue 2, soient touchés », poursuit-il.

La Ligue 1, une élite qui garde la cote chez les Anglais

La principale chance de la Ligue 1 dans ce « Brexit du foot » ? Le fait que le pragmatisme des Anglais a poussé la Premier League et la Fédération Anglaise (FA) à s'entendre sur des modalités très souples pour l'obtention du permis de travail (GBE). Notamment pour les quatre autres grands championnats dont la France fait partie. Il est très facile pour un jeune joueur (18-21 ans) issu d'un centre de formation de haut de tableau en France d'obtenir le précieux sésame. Il est aussi très simple pour un joueur de Ligue 1, de Bundesliga, de Série A et Liga âgé de 22 ans ou plus de convenir au GBE. Il lui suffit simplement de disputer 30% des minutes dans sa saison domestique pour être éligible. Pour la Ligue 1, le Brexit ne mettra pas de bâtons dans les roues.

Des pépites mieux protégées

Des pépites mieux protégées
Rayan Cherki, une pépite pour laquelle l'OL a bataillé dur en 2019.Credit Photo - Icon Sport

L'un des points phares de la réforme du Brexit concerne les joueurs de moins de 18 ans. Si, jusqu'à présent, les Anglais pouvaient se servir sans compter dans les centres de formation français à partir de 16 ans, ce n'est désormais plus possible. Non seulement les transferts vers le Royaume sont interdits avant la majorité (18 ans) mais ils sont aussi limités à trois par club et par Mercato sur des joueurs de moins de 21 ans. Un changement qui pénalise surtout les Anglais.

Managing Partner chez Club Affairs, une société de consulting et conseils pour les clubs, le suisse Olivier Jarosz a déjà étudié le phénomène : «  En limitant l'arrivée de jeunes joueurs étrangers à trois par Mercato, les clubs anglais vont aller vers plus de qualité. Au lieu d'en prendre dix-quinze ailleurs, ils vont sélectionner les trois meilleurs et ce sera comme ça partout. Cela va éviter que les petits et moyens clubs anglais puissent acheter des joueurs n'importe, n'importe comment. Le modèle a été posé pour que seul la crème de la crème européenne et mondiale puisse arriver (…) Pour la Ligue 1, peut-être que les clubs anglais réfléchiront à deux fois avant d'acheter. La qualité va primer ».

Si certains clubs français étaient dépendants de ce type de vente pour équilibrer leurs comptes, d'autres au contraire pourront souffler face à la mise à l'écart de la « féroce » Premier League, habituée à casser les prix sur les salaires proposer. Par exemple, il sera désormais impossible pour un club comme Manchester United d'offrir un pont d'or à un Rayan Cherki pour ses 16 ans afin de le convaincre de quitter l'OL. Avec le Brexit, les Red Devils ne pourront commencer leur drague qu'à 18 ans. Quand on sait combien Lyon avait souffert dans les négociations pour garder sa pépite en 2019, le Brexit peut être vu comme une chance pour éloigner une forme de concurrence... Même s'il n'empêchera pas Allemands, Espagnols, Italiens voir Autrichiens (RB Salzbourg) d'être toujours aussi offensifs avec les jeunes de 16 ans.

Des coups à saisir en Ligue 2, la prime à la ruse

L'un des effets indirects du Brexit en faveur de la Ligue 1 sera ses conséquences terribles pour la Ligue 2. En effet, si un joueur de milieu ou deuxième partie de tableau de L1 peut signer en Angleterre sans complication, il n'en est pas de même pour les meilleurs pensionnaires de Ligue 2. A peu près tout ceux n'étant pas internationaux dans une sélection du Top 50 du classement FIFA du moins. En effet, la deuxième division française figure au même niveau (Band 4) que les championnats tchèque, croate, suisse, grecs, ukrainiens, autrichiens et colombiens... Avec l'impossibilité, même en jouant 100% des matches au niveau domestique, d'obtenir les 15 points pour le GBE. Les Anglais sont donc quasiment éliminés de la course aux meilleurs talents de plus de 22 ans, ceux-ci n'étant plus « qualifiables » pour disputer la Premier League.

Sans les clubs de Championship pour faire monter les prix, les dirigeants de Ligue 2 devront se montrer plus raisonnables dans leurs exigences. Il est aussi possible que certains clubs désargentés de Ligue 1 jouent sur le Brexit pour obtenir gratuitement les meilleurs talents de deuxième division. Les modèles ne sont pas encore écrits ni pratiqués mais rien n'empêche une formation de l'élite de s'entendre avec un club de Premier League pour que celui-ci recrute un joueur en intérêt commun avant de leur prêter un an contre la garantie contractuelle des 30% de minutes jouées pour l'obtention du GBE. Dans ce nouveau monde où la « débrouille » doit devenir une norme, la Ligue 1 a son épingle à tirer...