ASSE – Le rendez-vous de Bigard : « Platini reviendra, mais qui peut rêver ? »

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Ancien responsable des sports au Progrès, Didier Bigard évoque la possible (?) arrivée de Michel Platini à la présidence de l’ASSE.

« Cher Platoche… Revenez, ça me ferait très plaisir. » Ce n’est pas ainsi qu’il préfère qu’on l’appelle, mais Michel Platini a été touché par le message téléphonique d’Emmanuel Macron, sur RTL. Le Président de la République ne devrait pas avoir besoin de beaucoup insister tant l’ancien président de l’UEFA semble déjà en campagne, à l’occasion de la sortie de son livre « Entre nous ». Même si personne ne sait encore pour quel poste. Pas même lui si on l’en croit. De quoi faire saliver ceux qui l’imaginent prendre sa revanche à la FIFA dont il a été écarté avant une élection qu’il aurait remportée. De quoi faire rêver ceux qui le voient succéder à Noël le Graët qui s’accroche à son fauteuil, comme en 2017 après avoir parlé de dernier mandat (ce serait aussi une petite revanche pour Platini, pas vraiment convaincu du soutien du président français quand les affaires l’ont éclaboussé). De quoi faire fantasmer ceux qui pensent qu’il pourrait se satisfaire d’un poste de président de club, à Nancy ou à Saint-Etienne…

Cela plairait sans doute à son ami Jacques Vendroux attaché aux Verts depuis les années 70, mais sans fermer aucune porte. «Il y a beaucoup de pistes, beaucoup de choses ». Platini laisse peu d’espoirs à ceux qui l’assoient dans le bureau de Roland Romeyer. «Un club, cela me semble compliqué » a-t-il admis devant Gilles Bouleau sur TF1.

Tant pis, mais pas plus qu’il n’avait écouté l’ami qui le prévenait qu’il allait prendre des coups dans l’univers politique de la FIFA, il n’aura besoin de personne pour prendre sa décision, et, on veut croire que ce sera au bénéficie du ballon. Parce qu’il a souvent fait preuve de la même clairvoyance dans les instances que sur le terrain où il voyait tout avant tout le monde.

On était fan du joueur, ce n’était pas difficile pour un talent qui avait conquis Robert Herbin qu’on a pourtant dit réticent à sa venue. Au point que le sphinx était sorti de ses gongs quand un confrère avait osé comparer le meneur de jeu de l’ASSE à celui du PSG, Safet Susic. On est fan du dirigeant, même si on peut discuter son choix du Qatar pour 2022 dicté, explique-t-il, par sa volonté de faire rouler le ballon en dehors de ses continents habituels.

« Il faut voir si j’ai envie de le faire. Le but, c’est de me dire, si je le fais, je le fais à fond »

Erreur ou pas « Je suis trop fier pour pouvoir dire que j’ai fait des conneries. Trop fier, trop orgueilleux » , le reproche est placardé par les ultras qui lui manifestent une défiance un peu caricaturale. La même qui a été utilisée par les partisans de la VAR quand Platini craignait pour l’esprit du jeu et pour son universalité, tous les stades, dans tous les pays ne pouvant être équipés de systèmes vidéo performants. Attendre quatre minutes ou plus pour valider un but, en refuser un autre pour un orteil hors-jeu, voir des compétitions privées d’assistance vidéo, lui donnent le droit de sourire aujourd’hui même s’il sait « qu’on ne reviendra pas en arrière. »

On a compris, (et lui aussi), qu’il gênait avec sa vision du jeu, comme il gêne encore quand il regrette que le PSG n’aligne qu’un footballeur français et écrase la L1. « L’argent tue une philosophie du football. (…) Aujourd’hui, vous achetez tous les meilleurs joueurs et vous gagnez ». Parler de jalousie comme le fait Leonardo qui écarte heureusement le racisme pour ce petit-fils d’immigré, témoigne de la faiblesse des arguments à lui opposer. Mais c’est sans doute le revers de son talent sans concession. De son discours tranchant qui lui fait dire que Mbappe doit enrichir son bagage « Je pense que Kylian, à un moment, il va s’apercevoir que la vitesse ne fait pas tout »… De sa culture du foot qu’il cache sous un esprit chambreur, de ses contre-pied et de ses réparties travaillées comme hier ses frappes.

Bon on ne va pas lui dire pour autant reviens Platoche (à Sainté) parce que de toute façon il n’écoutera que la petite voix de sa passion « Il faut voir si j’ai envie de le faire. Le but, c’est de me dire, si je le fais, je le fais à fond ».

Didier BIGARD

Laurent HESS

Journaliste à But! depuis 2000