ASSE, OL : Entre Sainté et Lyon, quarante ans de transferts très compliqués

Alors qu’il s’était engagé avec l’AS Saint-Etienne en fin de semaine dernière, Anthony Mounier, formé à l’OL, devrait finalement quitter le Forez.

Pour tous les supporters de l »AS Saint-Etienne et de l’Olympique Lyonnais, il est deux rendez-vous immanquables au cours d’une saison. Deux dates aussitôt entourées, puis mémorisées, dès la publication du calendrier : le derby aller et retour. Les deux clubs, on le sait, ne s’apprécient guère, leurs supporters se détestent et il faut l’intelligence de certains dirigeants, à signaler, pour que les rencontres se passent aujourd’hui sans (trop de) débordements.

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Logique, dès lors, que d’effectuer le court voyage entre les deux villes (60 kilomètres) pour un joueur professionnel soit compliqué. Porter les deux maillots, au cours d’une carrière, relève même de l’exploit. Enième preuve du problème permanent : Anthony Mounier. En fin de semaine dernière, alors qu’il n’avait pas encore signé, les supporters stéphanois lui avaient rafraîchi la mémoire. Avec des banderoles pour le moins explicites : « Mounier, nos couleurs ne seront jamais les tiennes. » En cause, sa formation à l’OL, son attachement au club, et des propos (justifiés) lorsque le club stéphanois, il y a quelques années, avait voulu le faire venir avant de se retirer du dossier sans aucune explication. Aujourd’hui, et on l’a appris par l’Equipe, les dirigeants de l’ASSE ont finalement décidé de casser le contrat du joueur qui avait signé…vendredi !

Coupet, Gomis, Malbranque, des exemples gravés dans l’histoire

Au-delà du cas Mounier, les transferts de joueurs entre l’OL et l’ASSE n’ont jamais été simples. Quarante ans, presque, que ça dure avec, en point de départ, la venue de Bernard Lacombe dans le Forez lors de la saison 1978-1979. En proie à de graves difficultés financières, l’OL avait en effet vendu Lacombe au président Roger Rocher, le joueur restant alors célèbre dans l’histoire des derbys en se trompant de vestiaire en arrivant à Gerland au mois d’août 1978 (2-0 pour l’OL). Fait notable, les supporters étaient alors moins virulents, la presse n’en rajoutait pas des tonnes et les joueurs n’avaient aucun mal à cohabiter. Sans doute pour cette raison que Lacombe gardera à jamais de forts liens d’amitié avec des Stéphanois de la grande époque. Au cours des années 80, le milieu de terrain Laurent Fournier quittera également Lyon pour Sainté sans que le transfert soit particulièrement mal vécu.

Beaucoup plus douloureux, en revanche, ce qui est arrivé à tous ceux qui ont tenté l’aventure OL-ASSE dans les années 90. Grégory Coupet, vendu à Lyon par Saint-Etienne pour raisons financières, aura ainsi droit à de très sympathiques banderoles à son arrivée au centre d’entraînement, « Coupet, sale vert, Breton titulaire », ainsi qu’à des propos pour le moins musclés de certains joueurs lyonnais (Alain Caveglia notamment). Jean-Luc Sassus, venu dans le Forez, ou encore Christophe Deguerville, parti à Lyon, n’ont plus jamais été appréciés par leurs « supporters d’origine« . Idem pour Bafétimbi Gomis, pourtant critiqué à Saint-Etienne, devenu un traître du jour au lendemain pour avoir rejoint le club présidé par Jean-Michel Aulas. Dans le lot, également, François Clerc et Jérémie Clément, Lyonnais devenus Stéphanois, Mouhamadou Dabo, formé à l’ASSE mais passé par l’OL, et Frédéric Piquionne, déjà pris en grippe par les supporters de l’ASSE avant de s’en aller à Monaco, puis à Lyon. Et si il fallait, pour conclure, un vibrant exemple de la difficulté des joueurs à porter les deux maillots sans rencontrer le moindre souci, on prendrait bien volontiers celui de Steed Malbranque. Lyonnais pur jus qui n’aura disputé que quelques minutes sous le maillot Vert (à Marseille), avant de ne plus vouloir jouer sous les couleurs de l’ASSE. On pensait que le cas Mounier allait quelque peu régler problème. Il n’en est rien

B.D.

Benjamin Danet

Journaliste et Directeur Général de But!