ASSE – OPINION Yvan Neyou, au delà du piston
par Alexandre Corboz

ASSE – OPINION Yvan Neyou, au delà du piston

Au moment de son prêt à l'ASSE en provenance de la réserve de Braga, Yvan Neyou a suscité quelques moqueries. Certains ont vu chez le Camerounais un pistonné de Claude Puel. Injuste et réducteur.

Avec Claude Puel, le gros des problèmes vient souvent quand le Castrais fait travailler sa famille. A Lyon, l'arrivée de ses fils Grégoire et Paulin au centre de formation avait fait jaser certains éducateurs. Pas assez fort pour l'OL ? Obligé d'être alignés pour ne pas froisser le coach ? Ils étaient plusieurs à le penser. Au grand dam d'un Grégoire, ailier de l'équipe de CFA2 qui se battait en vain contre les « a priori » et pour convaincre ses partenaires du contraire. A Nice, bis répétita. Grégoire démarre en professionnel au poste de latéral droit, Paulin est là et les Ultras n'aiment pas. Pour s'éviter une cabale, la direction du Gym décide de faire partir Grégoire contre l'avis de Claude, provoquant une blessure qui ne s'est jamais refermée. Le Castrais est têtu et on ne touche pas à sa famille.

A Saint-Etienne, la « manie clivante » de Claude Puel ne consiste plus à vouloir Grégoire à ses côtés. Le rejeton, vacciné des galères avec son père, mène sa propre carrière. Aujourd'hui, c'est sa fille Charlène qui est la cause indirecte des reproches faites au clan Puel... via son compagnon Tom Calvet, agent de joueur à l'origine de la venue d'Yvan Neyou chez les Verts. Avec cette information, déjà une première pression pour le Camerounais. Celle d'un joueur présenté comme non dimensionné pour l'ASSE et seulement là grâce à un « coup de piston » d'une personne murmurant à l'oreille de Claude Puel. Les détracteurs du manager général stéphanois n'ont que faire de savoir si Yvan Neyou est bon ou pas, si son profil correspond à un vide de l'effectif. Ils ne veulent pas savoir que Tom Clavet n'a touché aucune commission pour le faire venir et que la signature de Neyou ne pèse rien sur les finances (un prêt avec OA de 400 000€ pour un salaire de 12 000€ par mois, presque un smic de footballeur professionnel). Pour les anti-Puel, Neyou sera jugé plus durement que les autres et ses coups de moins bien seront des attaques potentielles à l'omniprésent manager général des Verts.

« Derrière l'ombre du gendre de Puel, un vrai footballeur »

En voulant quand même me renseigner sur Yvan Neyou sans aller vers les raccourcis faciles (et rageux) qui tournent parfois, j'avais pris contact avec le nordiste Colbert Marlot. Pour ceux qui ne savent pas qui est Colbert Marlot, il s'agit de l'homme qui avait lancé Neyou à Sedan … Et accessoirement un grand formateur français, passé par Lens et qui a notamment vu mûrir des talents comme Raphaël Varane, Geoffrey Kondogbia, Gaël Kakuta ou encore Jeff Reine-Adélaïde (rien que ça). L'homme est franc du collier et il s'y connait quand même plus qu'un vulgaire pilier de bar en matière de jeunesse et de potentiel. Et quand il me parlait d'Yvan Neyou, les mots de Colbert s'illuminaient.

Il me dépeignait un joueur très technique, capable de sortir de situation compliquée mais qui manquait simplement de volume physique pour percer au plus haut niveau à 18-20 ans. Pour lui, Neyou ne fait, à 23 ans et avec un volume physique supérieur, clairement pas tâche dans l'effectif de l'AS Saint-Etienne. Déjà un contre-témoignage objectif à l'image de « l'escroc pistonné » que certains oiseaux de mauvais augures vendaient. Oui, on peut ne pas réussir dans un club (Braga) et dans un contexte puis casser la baraque ailleurs. Ce n'est pas unique dans l'histoire du football. D'autres comme Mathieu Valbuena ou Franck Ribéry l'ont fait. Yvan Neyou avait déjà un potentiel. On ne fait pas l'INF Clairefontaine par hasard non plus.

« Ne pas tomber dans l'excès inverse non plus... »

Non, Yvan Neyou n'est pas un footballeur du dimanche parachuté chez les Verts par hasard. Mais il n'est pas non plus la « trouvaille de l'année » pour prendre l'excès inverse. J'aime dans son discours l'humilité. Le Camerounais vient de nulle part et il sait qu'il a encore rien fait de grand dans l'histoire de l'ASSE. Peut-être que dans quelques années, Yvan Neyou aura apporté autant au club qu'un Blaise Matuidi... Ce genre de choses, on le voit sur la durée, avec de la régularité dans les performances.

Comme beaucoup, je l'ai trouvé intéressant contre le PSG. Je lui ai même vu quelques similitudes dans le jeu (et à son échelle) avec Marco Verratti. Au milieu, ce n'était pas le plus costaud mais sa facilité à jouer vers l'avant et à nettoyer les ballons m'a plu. De là à s'enflammer et à crier au génie ? Pas encore. S'il y a bien une chose que nous ont appris les débuts tonitruants d'Assane Dioussé (contre Nice) et d'Oussama Tannane dans le Forez, c'est que l'inssouciance et les promesses initiales ne riment pas forcément avec des lendemains qui chantent...