OM – VIDEO : les confidences croustillantes de Fabrice Olszewski, le traducteur de Bielsa

Dans un long entretien à J+1 sur Canal+ Sport, Fabrice Olszewski, l’ancien interprète de Marcelo Bielsa à l’OM s’est confié en toute franchise sur son ancien boss, livrant les arcanes du club phocéen et d’un monde qui l’a dégoûté. Un témoignage rare que le chaîne a choisi de partager sur son site internet :

Voici les meilleurs morceaux :

Sa rencontre avec Bielsa

C’est grâce au tournoi de Toulon auquel j’ai participé en 2006 avec les équipes d’Argentine et du Mexique. Les personnes du tournoi m’ont relancé et il a fallu que je prenne contact avec la fédération chilienne. C’est à ce moment-là qu’ils ont engagés Marcelo Bielsa. Je connaissais déjà un peu son histoire. Je savais que j’avais à faire à l’un des meilleurs entraîneurs du monde. Mais moi il m ‘a toujours abordé de manière simple. Il ne m’a jamais vraiment considéré comme un mec appartenant au milieu du foot. On avait une relation assez amicale.

Son arrivée à Marseille

Tout est passé par Diego Reyes. Un jour, Diego m’envoie un mail pour que je fasse une traduction puis il m’envoie un deuxième mail pour me dire qu’il allait avoir besoin d’un nouveau traducteur. Pour moi, l’Olympique de Marseille c’est le Real Madrid, le Bayern Munich, Manchester United…c’est un gros club !

Sa première conférence de presse

Je ne faisais pas les conférences de presse. Au deuxième match, je monte à l’étage, en salon avec Baptiste Aloé qui était le 19ème  joueur. C’est la première fois que j’arrivais dans un salon VIP. Et là il y a une hôtesse qui arrive et qui me dit : « Qu’est-ce que vous voulez boire ? » Aloé – qui est juste à côté de moi – demande un Coca et là je l’ai regardé et je lui demandé : « C’est possible d’avoir un Whisky Coca ? » Elle me répond : « Bien sûr ! Pas de problème ! » Donc là je regarde le match. A chaque fois que je finissais mon verre, elle me le remplissait. On fait match nul, c’est un peu tendu, je descends au vestiaire et là l’attaché de presse me met la main sur l’épaule et me dit : « Fabrice, c’est toi qui fais la conférence de presse ». Je me dis : « Wouaah ! » … Je complètement bourré et je commence à me dire que ça craint.La première question arrive, je l’ai traduit bien. Puis je commence à réaliser où je suis, je regarde les journalistes et là… Blanc…Je me dis : « Merde mais qu’est-ce qu’il a dit ? C’est quoi la réponse ? » Si vous reprenez la première conférence de presse à mon avis vous vous apercevrez que ce que je traduis ce n’est pas vraiment ce que dit le coach.Les traducteurs, je leur tire mon chapeau. C’est une gymnastique intellectuelle et il ne faut pas être fatigué. On était toujours fatigués, à la limite de la rupture. C’était chaud !

Sa relation avec les journalistes

J’ai été surpris par les conférences de presse. J’ai trouvé que les journalistes cherchaient plus le buzz que de vraiment parler football.  Tout le monde me dit : «  Fabrice, tu souffres parce que c’est dur à traduire ». Non, je souffre parce que, quand j’écoute la question et la traduit, je me rends compte que c’est une question de merde.

La conférence de presse du 4 septembre 2014 où Bielsa démonte Labrune

Je l’ai vu venir parce qu’on voyait bien que le Mercato ne se passait pas comme on le voulait. J’ai averti le président en lui disant : « Vous savez président, là le coach est pas très content et c’est comme un joueur de poker, à un moment donnée, vous allez voir il va sortir un As. » Et le président m’a dit : «  T’inquiète pas Fabrice, j’ai l’habitude des situations comme ça. »

Dans le staff technique, tout le monde savait que ça allait péter. C’était obligé. C’est à partir de ce moment-là qu’il s’est rendu compte que le projet lui avait été présenté d’une telle manière que lui il a interprété autrement. Il s’est senti un peu floué. Même si le président faisait tous les efforts pour l’arranger mais c’est comme essayer de mélanger l’huile et l’eau. S’il n’y a personne qui met du sien, ça ne marche pas. Juste avant que ça n’éclate, j’avais participé à une réunion et je voyais bien ce que disait le coach d’un côté et ce que disait le président de l’autre. A un moment, je quitte mon rôle de traducteur, je dis : « Mais attendez ce n’est pas ce qu’il essaye de dire !» Et là, on me dit : «Toi tu te tais, on te demande seulement de traduire». Qui m’a dit ça ? Je crois que c’est le coach. Mais bon … Je voyais bien que c’était pareil de l’autre côté. Le coach était  un peu énervé car il trouvé que les discussions avec les joueurs n’allaient pas assez vite. J’ai dit : « Mais c’est normal coach ! C’est le président qui gère les discussions et il n’a pas que ça à s’occuper. Il manque un directeur sportif dans l’organigramme !» Bielsa me dit : «  Tu as raison Fabrice ». Arrivé à l’hôtel, il poursuit : « Tu pourrais faire le directeur sportif ? » Là j’ai éclaté de rire ! Ce n’était pas possible.

Le fonctionnement de Bielsa

Ce qui m’a choqué au début, quand on est arrivé avec Bielsa c’est que tous les joueurs ont demandé quand est-ce que le coach allait les recevoir en entretien individuel. Déjà, là, je me suis dit : « Putain, on n’est pas dans la merde ! » Parce que Bielsa ne fonctionne pas du tout. Il n’aime pas justifié sa décision vis à vis d’un joueur. J’ai l’impression qu’en France, les joueurs ont besoin de ça. Un jour, on a une discussion avec le jeune Momar Bangoura. C’était justement l’un des gars qui comprenait le mieux les exercices de Bielsa mais là, ça ne passait pas. Je répète une première fois les consignes, puis Franck Passi lui explique… Mais rien à faire. Là, je lâche au coach : « Ecoutez, ça ne sert à rien ! Vous voyez bien que ça ne marche pas ! » Il s’est mis en colère quand je lui ai dit lors d’un entraînement qu’il abusait de son pouvoir.  Il est parti dans les tours. Moi aussi. Puis il s’est calmé et moi aussi. Il me dit qu’on va régler ça en se promenant. Je pensais qu’il voulait parler et, lorsqu’on est tous les deux, il me dit : « Allez, on va régler ça à coups de poings parce que c’est la seule manière de régler ça. » J’explose de rire et je m’en vais. Il s’est excusé après, moi aussi, on a réglé ça très facilement. C’est une personne gentille avec un bon fond, mais après il se laisse enfermer dans son personnage. Je lui ai dit en face : « Je vous compare à Van Gogh. Vous êtes un génie, au niveau du foot vous êtes comme Van Gogh, mais au niveau relations humaines c’est un peu plus compliqué. » Il avait trouvé la comparaison flatteuse pour lui. »

Bielsa et l’argent

On dit qu’il aime l’argent. Comme tout le monde… Je pense surtout qu’il redoutait de se faire avoir.

Sur l’annonce de sa démission

Je savais qu’il partirait. On ne pouvait pas continuer comme ça. On n’a pas eu une semaine calme. Un jour, énervé, il disait : “Je n’aurais pas dû signer dans ce club.” Dans le staff technique, tout le monde savait que ça allait péter. Parce qu’il y avait des joueurs qu’il voulait garder impérativement et qui sont partis…Morel, Fanni, Payet. Ces trois-là… Ils voulaient les garder.

La conférence de presse avant sa démission

Je crois qu’il était encore dans le doute. À chaque fois qu’il veut prendre une décision, il aime avoir toutes les cartes en main. Et souvent il manque une carte. Il hésite, il hésite…et parfois ça se joue à pas grande chose. Il y a une partie de lui qui a écrit la lettre de démission la nuit et une autre partie qui rédige la conférence de presse un peu plus tard. Le jeudi, je pense qu’il était sincère.