Le blog SDF : « OL : Martial, Ben Arfa, Griezmann, Zouma… dossiers de recrutement »

Responsable du recrutement chez les jeunes à l’Olympique Lyonnais depuis le début des années 2000, Gérard Bonneau est revenu sur quatre dossiers qu’il a eu à gérer : ceux d’Anthony Martial, Hatem Ben Arfa, Antoine Griezmann et Kurt Zouma. Deuxième moitié de notre entretien.

« Anthony Martial, ma plus grosse fierté sur le plan sportif »

« C’est compliqué de ressortir une fierté de mes 16 ans à la cellule de recrutement. Si je dois en choisir une sur le plan sportif, c’est Anthony Martial. A l’époque, Philippe Lamboley (aujourd’hui agent du joueur de Manchester United, NDLR) travaillait pour nous sur Paris. Il m’appelle pour me dire qu’il avait vu un attaquant en U13 aux Ulis dont les qualités qui me plairaient bien même s’il ne courrait pas trop sur le terrain. J’étais allé le voir et il m’avait effectivement bien plu. Je l’ai fait venir à Tola Vologe et on a signé un ANS (accord de non-sollicitation, NDLR) avec la famille assez rapidement. Il fallait aller vite car de nombreux clubs commençaient à arriver. On a su qu’après qu’il avait fait le concours d’entrée à l’INF Clairefontaine où il n’avait pas été pris. Sur les détections, il n’avait pas été extraordinaire. Vous me dites qu’il n’a pas été pris à cause de son niveau scolaire ? C’est vrai qu’il n’était pas terrible à l’école mais chez nous ça s’est toujours bien passé. En tout cas, ici, il a toujours eu une attitude très positive en cours même si son niveau était modeste. »

Hatem Ben Arfa, récit d’un dossier impossible

« Pour la venue d’Hatem Ben Arfa (en 2003, NDLR), on pensait que le dossier était impossible à l’époque. Pour moi, c’est un concours de circonstance incroyable. J’allais à Clairefontaine et Alain Thiry m’avait parlé d’un joueur hors-norme. Tous les clubs étaient dessus. Même les Anglais. A vrai dire, c’est la maman d’Hatem qui m’avait abordé : « Vous êtes le recruteur de Lyon et vous ne vous intéressez pas à mon fils ? » Je lui ai répondu : « C’est trop cher pour nous ! Moi, je commence tout juste dans le métier… » On a rigolé et sympathisé. On se voyait souvent. Je suis parvenu à les inviter à Tola Vologe. A l’époque, il devait rencontrer Bernard Lacombe mais ce dernier a eu un empêchement. Heureusement, Jacques Santini (alors coach de l’équipe fanion, NDLR) nous a gentiment reçu.

Comme Bernard était embêté d’avoir raté la rencontre, on a invité à nouveau Hatem lors d’un OL – PSG. A la fin du match, Bernard Lacombe descend avec Hatem dans les vestiaires et il tombe au milieu d’un accrochage entre Jacques Santini et Luis Fernandez, alors entraîneur du PSG. Les deux coaches se gueulent dessus et Fernandez balance à Hatem : « Qu’est-ce que tu fais dans ce club ? » Là, Bernard Lacombe prend sa défense et lâche : « Il est chez nous ». C’est à partir de là qu’il a pris personnellement le dossier en main. Bernard est venu avec moi à Clairefontaine pour le voir à l’œuvre. Au bout d’un quart d’heures d’entraînement, il appelait tout le monde en criant qu’il tenait le nouveau « Mous’ Dahleb ». Après, ça s’est enchaîné et on l’a pris. On va dire qu’au niveau stratégique, je l’ai joué malin (sourire). En toute sincérité, jamais je n’aurais pu penser qu’on allait faire venir Ben Arfa. Concernant les discussions qui ont suivi, je n’étais plus là. Le staff pro avait repris la main.»

« Mon grand regret ? Antoine Griezmann »

« Mon grand regret ? Antoine Griezmann (sans hésiter) Lui, c’était Alain Dutheron, un observateur de chez nous, qui nous l’avait indiqué. On était alors partenaire avec son club de Mâcon. On l’a fait venir à Tola Vologe tous les vendredis après-midi. Cela a duré cinq-six mois. Personnellement, je voulais le faire signer. Mais tout le monde n’était pas d’accord. A Lyon, on avait une politique claire : il fallait que les trois décideurs s’accordent pour le signer. Pour moi, c’est un vrai regret. Surtout que j’ai le sentiment qu’on l’avait très bien évalué sur le plan sportif. Mais celui qui peut avoir les plus gros regrets, c’est Alain Dutheron qui le voyait aller très haut… Et qui ne s’était pas trompé le concernant. »

« Kurt Zouma, un regret sans en être un »

« Concernant Kurt Zouma, c’est un regret sans en être un. On ne l’a pas vraiment loupé. On l’a vu au moins cinq-six fois. Pour nous, sur le plan sportif, il n’y avait aucun souci. Kurt, on le voyait très haut très jeune. Sauf qu’ils étaient quatre frères en club et le père (Guy Zouma, NDLR) avait décidé d’en mettre un dans chaque club. Il en avait déjà mis un Auxerre, un à Sochaux et à l’OL, on en avait déjà un : son petit frère Yoann. Il était arrivé très tôt avec six autres jeunes de Vaulx-en-Velin. D’ailleurs, sur cette stratégie de recruter massivement dans un même club, ça ne s’est pas fait en accord avec la cellule de recrutement puisqu’on ne commençait à recruter qu’à partir de 12 ans. On a changé ça depuis avec l’arrivée de Julien Sokol. Cette erreur, ça nous a coûté Kurt puisqu’on n’a jamais pu inverser le choix du père. Pourtant, on a discuté. On a fait des propositions mais il avait fait son choix. On va dire que Sébastien Fontbonne (le recruteur de l’ASSE à l’époque, NDLR) avait été plus convaincant que nous dans ses arguments. »

Propos recueillis par Alexandre CORBOZ

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Les petits secrets du recrutement à la Lyonnaise (premier volet de l’interview de Gérard Bonneau)