ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Rien n’est jamais simple à Saint-Etienne »

ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Rien n'est jamais simple à Saint-Etienne »

Ancien responsable des sports au journal Le Progrès, Didier Bigard revient sur la 4e place de l’ASSE et donne son point de vue sur la situation de Jean-Louis Gasset.

« Restera, restera pas : la question anime quelques plateaux télés et tout le monde sait ce que fait Jean-Louis Gasset, quitte à changer d’avis d’un jour sur l’autre ! C’est ce qui permet de faire vivre le football en dehors des terrains. Difficile de jeter la pierre à ceux qui s’interrogent à coup d’affirmations, puisque le principal intéressé a laissé planer le doute. Jeudi, lors de son point presse, il expliquait être resté pour ça, conduire l’équipe à l’Europe. Libre aux observateurs de penser qu’il aimerait aussi la vivre. Gasset ne nous a pas éclairés après le succès sur Nice, mais devait-on s’attendre à une autre réponse sur son avenir « Je ne sais pas. J’ai vu les présidents lundi dernier. On faisait du virtuel parce qu’on n’était pas sûr qu’on finirait quatrième et ça changeait pas mal de trucs. On a mis les choses à plat. Ils avaient des choses à me dire, j’avais des choses à leur dire et on a décidé de se revoir pour faire un point précis. Jouer la coupe d’Europe, c’est difficile avec un effectif réduit. Si on arrive à trouver un accord, on dira pourquoi pas ? ». Au moins cette dernière petite phrase laissait-elle un espoir à tout un peuple vert qui a scandé son soutien à celui qui a sauvé l’équipe de la descente la saison dernière puis l’a portée jusqu’à l’Europe. Le mot porter est bien pesé !

Son cas rappelle Galtier et ses interrogations à chaque fin de saison

C’est le coach qui a orchestré le recrutement, convaincu des joueurs d’un statut plus vu sous le maillot vert depuis peut-être le passage de Laurent Blanc. C’est lui qui a soudé le groupe et fait grandir les jeunes qu’il a incorporés à bonne dose et au bon moment. Son rôle pendant ces dix-sept mois est une évidence martelée par Oswaldo Piazza dans l’Equipe « S’il part, on va le payer très cher». Cela ne vous rappelle rien ? Et ce soutien populaire total ? Si bien sûr, le départ de Frédéric Antonetti qui avait faire remonter l’équipe en L1, parti après le refus de garanties sur le rôle de Christian Villanova. Souvenez-vous ces manifestations quotidiennes devant le stade ? Des kops aux sponsors, personne ne voulait voir partir celui qui avait sauvé le club. On connaît la suite, des pages pas toujours glorieuses, écrites par quatre entraîneurs en cinq saisons, Elie Baup, Ivan Hasek, Laurent Roussey, Alain Perrin. Il avait fallu attendre Christophe Galtier pour retrouver une stabilité sportive et la réussite, mais nous n’avons pas oublié les fins de saison aussi incertaines que ces deux dernières avec la même question que pour Gasset « Va-t-il rester ? Et les mêmes mots « Il faut qu’on discute avec les présidents »… Rien n’a changé à Saint-Etienne, peut-être parce que les ego sont proportionnels à l’investissement de ses dirigeants. Après avoir pris du recul un an plus tôt, Roland Romeyer est revenu aux affaires courantes ce qui ne coule pas de source même s’il a accepté l’explosion du plafond salarial. Lui, le premier, rigole dans le vestiaire lorsque Wahbi Khazri lance « Président, enlevez les oursins des poches » ou que Stéphane Ruffier plaisante « Sors l’argent, sors l’argent ». Il faudra pourtant faire encore des efforts, prendre des risques, voire plus que cette saison. Si Selnaes était resté, la Ligue des champions compenserait peut-être aujourd’hui largement ce qu’a rapporté son transfert en Chine. On comprend Jean-Louis Gasset lorsqu’il a demandé des garanties « Quand vous prenez une mission, il faut avoir la sensation que vous allez réussir ».

Et si Caiazzo ramenait une bonne nouvelle des Etats-Unis ?

Sa référence au poste d’arrière droit « On aura été dans l’urgence toute la saison » n’est pas un hasard « On aura été dans l’urgence toute la saison ». C’est le constat que sa demande de renfort au mercato hivernal pour doubler Mathieu Debuchy était justifiée. Et qu’il fallait l’écouter. Ecouter aussi les joueurs dont Loïc Perrin a expliqué qu’à 99 % ils voulaient qu’il reste, écouter enfin la voix des tribunes, celle de ceux qui font vivre le maillot vert. Le 19 décembre 2017 les deux présidents avaient entendu leur demande de changement, relayée par tous les groupes de supporters. C’était juste avant Guingamp où les rênes de l’équipe avaient été confiés à Gasset… C’était la bonne décision, même si cela avait coûté à Roland Romeyer, homme de caractère et fier. « Il n’a pas oublié l’adhésion des associés supporters à cette fronde » pensent ceux qui ont relevé son absence à leur assemblée générale où Bernard Caïazzo était excusé. Le président du Conseil de surveillance était aux Etats-Unis, pour vendre le football français… et peut-être trouver des fonds pour l’ASSE. Avec la Ligue Europa, un réel capital joueurs, le long bail de location du stade, un centre d’entraînement qui va être rénové, il a des arguments pour convaincre un investisseur. Tout serait alors plus simple pour le président du Directoire… et l’entraîneur. »

Didier BIGARD