par Laurent HESS

ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Une toute autre philosophie »

Au delà de sa conception du jeu, Claude Puel est en train de mettre en place une politique de club selon Didier Bigard.

Et l’ASSE retrouve ses racines.

« Bien sûr que je suis content. Je ne lis plus de saloperie sur moi »... Roland Romeyer sait être cinglant, mais au delà de son amour propre pansé, l’actionnaire qu’il est, à de bonnes raisons de se réjouir du redressement de l’équipe depuis la prise de fonction de Claude Puel. Sept matches sans défaite, dont cinq sous sa direction, c’est une performance qui aurait valu une belle cote à la veille du derby. Les chiffres ne sont toutefois pas la tasse de thé du coach des Verts comme le montre sa réaction après le succès sur Monaco. « Nous sommes à un point du podium, vous me l’apprenez. Je ne fais pas attention à la série en cours ». Il s’attache plus à la manière et sa lucidité franchit les lignes de comptes « Quand je vois combien il faut s’employer pour prendre des points... » souffle-t-il, tout en soulignant la mentalité de ses joueurs «leur caractère, leurs efforts, leur esprit solidaire... c’est sympa de voir ça ».

Hélas beaucoup de fans ne l’ont pas vu, abonnés floués, puisque pour la deuxième fois en une semaine les kops étaient vides, ce qui n’a pas empêché les messages: « 540m€ par an pour des tribunes vides. Alors, Canal+, heureux? » questionnait la Sud tandis que la Nord interpellait la Ligue « Commission, jouer au plus con n’est pas la solution ». Beaucoup pensaient que seul Amiens serait à huis clos (partiel) après les fumis du derby. Les membres de la commission  ont-ils frappé plus fort pour déjouer le calcul? Le football n’y a pas gagné et au final un nouveau pied de nez a été adressé par les groupes avec spectacle pyrotechnique « Écoutez les cris des supporters contre les sanctions arbitraires ». Passons. A défaut de porter jusqu’à Paris, les chants du public ridiculement réduit à 15685 spectateurs pour l’affiche de la journée, ont poussé le onze stéphanois. Parfois trop. Puel estime que les tribunes ont parfois fait déjouer l’équipe. Lui, préfère un football réfléchi à des envolées aveugles. « En première période, on était dans l’à peu-près en voulant aller trop vite. »

 

« L’ambiance n’est plus la même. Dans le vestiaire les yeux se baissent »

Voilà qui résume sa philosophie, largement développée dans deux entretiens publiés vendredi dans l’Equipe et le Progrès. Elle déborde en dehors du terrain « J'ai horreur de subir les choses. Je dois être l'acteur du devenir d'un club, en être l'initiateur...». C’est une rupture avec l’ère Gasset-Printant dont la mission était le court terme, voire un contrepied au métier. « Les entraîneurs vont à l'essentiel : performer pendant la durée de leur contrat. Je ne suis pas comme ça. J'ai toujours voulu transmettre et laisser une trace aux clubs. Je me mets minable, dans des choix compliqués. C'est ça, le truc : on sort l'étendard et le petit va défier les gros. J'ai toujours trouvé cela plus noble. »

C’est ce qui a fait l’Histoire des Verts mais si le discours plait à Geoffroy-Guichard, le manager de l’ASSE a du pain sur la planche pour mettre en place sa politique. « On a 32 joueurs, plus 6 prêtés. Pour moi, c'est rédhibitoire ». Il opte pour un groupe de 20 joueurs de champ, complété par des jeunes « auxquels, il ne faut pas barrer la route ». Il a certainement été interpellé par le départ à Nancy de plusieurs éléments sortis de la formation, comme Vagner Dias buteur en coupe face à Montpellier. Il a dû d’autant plus s’interroger après avoir assisté à la prestation de la réserve samedi face à Romorantin (1-3) avec Lacroix et Dioussé loin d’être convaincants. Il y aura des ajustements, des remises en question aussi. Le groupe l’a compris « L’ambiance n’est plus la même. Dans le vestiaire les yeux se baissent » rapporte un proche du club ».

Didier BIGARD