OM – ENQUETE Bielsa, pourquoi fascine-t-il autant ?

Depuis que son nom est sorti dans la presse il y a une quinzaine de jours, Marcelo Bielsa suscite la passion chez les supporters. Alors que l’Argentin a théoriquement réservé sa réponse pour aujourd’hui, « But ! Football Club » s’est intéressé au mythe et à ce qu’il cache.

Parler de Bielsa aux supporters de l’OM, c’est comme évoquer le « Christ » qui rejoint la Bonne mère. « Marseille, c’est l’Argentine », se plaisait-on à dire dans les travées du Vélodrome lors des chaudes soirées de match d’antan. L’OM, cela restera, pour l’histoire, le club qui a failli faire signer Maradona au début des années 90. Bielsa, c’est pour beaucoup le Maradona des coaches. « El Loco » (le fou), c’est l’homme qui a inspiré Pep Guardiola et Diego Simeone. Une sorte de maître es-football de 58 ans dont l’aura suffi à elle seule à faire oublier son maigre palmarès (3 titres de champion d’Argentine, une médaille d’or au JO). Mais les raisons qui font que l’ancien coach de l’Athlétic Bilbao fait rêver sont nombreuses et parfois difficilement explicables.

Une intransigeance salvatrice pour l’OM ?

Ce qui marque en premier lieu chez le personnage Bielsa, c’est son inflexibilité. L’ancien sélectionneur du Chili et de l’Argentine ne tolère pas l’ingérence et encore moins qu’on s’immisce dans ses choix. « La communication avec les dirigeants a toujours été dure pour lui. S’il décide qu’il veut parler à ses joueurs en privé dans le vestiaire, personne ne rentre. Pas même le président. Il détermine son champ d’action et personne ne lui dicte rien », nous souffle un agent bien renseigné sur le contexte sud-américain. Une exigence qu’il pousse aussi dans le travail avec son groupe au point de ne rien laisser passer pour personne. Du côté des supporters, lassés par les enfants gâtés qui pullulent dans le vestiaire, il représente une forme d’autorité nécessaire.

Une autorité qui provoque souvent des fins de cycle compliquées comme ce fut le cas avec le Chili ou encore Bilbao où il était en froid avec les dirigeants et certains cadres de l’équipe comme Fernando Llorente :  « Bielsa est quelqu’un de pointilleux, rigoureux à l’extrême, obsédé par une forme de perfection qu’il ne peut pas atteindre et rébarbatif dans le travail. Soit ça fonctionne, soit ça ne fonctionne pas. Il peut finir par agacer les joueurs, les lasser de faire toujours les mêmes exercices. Peut-être qu’avec les petits jeunes, ça passera. Mais avec l’international chevronné, c’est plus compliqué de leur demander de répéter 50 fois les gammes techniques. Et puis, vu la mentalité des Thauvin, Mendy ou Imbula, ça peut aussi vite les gonfler », confesse une source proche de la sélection du Chili où Bielsa a laissé sa patte et ses méthodes.

Un style unique

Il faut dire que la méthode Bielsa est unique en son genre. L’ancien coach des Newell’s Old Boys a des idées bien arrêtées sur les entraînements. Les gardiens travaillent avec l’entraîneur des gardiens, les défenseurs avec l’adjoint dévolu aux défenseurs, les attaquants avec l’entraîneur spécifique des attaquants… Parfois, les joueurs peuvent passer des semaines sans se croiser. « Je ne l’ai jamais eu comme entraîneur mais on m’en a beaucoup parlé. Tous ceux qui l’ont eu le disent : au niveau du travail d’entraîneur, il tutoie la perfection. C’est quelqu’un de qui on apprend beaucoup », nous confie Nestor Fabbri, ancien joueur du FC Nantes reconverti agent de joueur en Argentine.

Ce mode de fonctionnement a des adeptes … Mais également des détracteurs : « A ce que j’ai compris, Bielsa se verrait proposer un contrat de trois ans. Je pense que ça peut bien se passer pendant deux ans. Mais, pour moi, sa méthode ne peut pas durer plus de deux ans à moins de renouveler l’effectif à 50% après ce cycle. Bielsa, c’est un coach qui, au bout d’un moment, use ses joueurs », glisse un autre agent.

Sur le pré, l’intéressé a inventé un système de jeu : le 3-1-3-3, qu’il applique à toutes ses équipes. Un jeu tout pour l’attaque qui colle parfaitement à la devise chère aux supporters de l’OM : « Droit au but ». « Je pense qu’il est compatible à l’OM car il aime le jeu vertical, tourné vers l’avant. Il va venir avec son système en 3-1-3-3 et je peux vous dire que, pour lui, les trois joueurs les plus importants, ce sont les trois devants », analyse Fabbri.

Une communication minimaliste

L’une des spécificités de Bielsa, qui, paradoxalement, peut séduire les plus fervents supporters, c’est sa non-communication. « El Loco » a un profond respect pour les fans. Il les place au-dessus de lui, des joueurs et même de sa hiérarchie. La presse comme les agents de joueur ? Tout ce qui est lié au foot business, il déteste ! D’ailleurs, contrairement à un Villas-Boas qui avait réclamé un salaire en or pour venir, Bielsa n’est pas motivé par l’argent mais par le projet qu’il peut trouver.

« « El Loco », la traduction tout le monde la connait. Mais il n’est pas si fou que ça. Il est davantage dans la certitude de ce qu’il fait. Que sa méthode est forcément la bonne. Il dénote et il interpelle quand on le voit s’exciter au bord du terrain. Mais on l’appelle le fou parce qu’il ne faut aucune communication, qu’il est renfermé. D’ailleurs, Marseille, ça va lui faire bizarre vu que, dans toute sa carrière, il n’a toujours parlé qu’une seule langue : l’espagnol », glisse un observateur avisé du football sud-américain et ibérique. Avec lui, les conférences de presse seront donc réduites à la communication minimale. D’ailleurs, il ne regarde jamais les journalistes lorsqu’il leur répond.

Fait pour Marseille ?

Alors, avec tous ses éléments, Bielsa est-il façonné pour Marseille ? « C’est un solitaire de la vie. Un mec qui travaille jusqu’à n’en plus pouvoir. Si ce mec devient entraîneur de Marseille, il ne va laisser passer aucun détail. Comme il a fait à l’Athletic Bilbao où il a laissé sa trace même si ça ne s’est toujours pas très bien », décrypte Nestor Fabbri, qui y croit malgré le palmarès mitigé du « fou ». Une de nos autres sources, qui préfère restée anonyme, est plus mitigée : « La fascination pour Bielsa tient du fait que ses équipes pratiquent un bon football. Il aime le jeu au sol. C’est un mec imprégné par le travail, qui pense foot 18 heures sur 24. Ce n’est pas un entraîneur qui rentre dans le moule de ce qui se fait ailleurs. Et encore moins dans le moule des coachs défensifs d’Amérique du Sud. Mais, même si j’aimerais que ça marche pour amener davantage de sud-américains en France, je n’y crois pas. Surtout connaissant les mentalités françaises et les joueurs français. »

Alexandre CORBOZ

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