ASSE (Débat) : l’arrivée d’un actionnaire minoritaire serait-elle une bonne chose pour l’ASSE ?

A l’heure où But ! a révélé des négociations avec un investisseur américain, notre débat de la semaine concerne l’actionnariat de l’ASSE. Laurent Hess et Alexandre Corboz donnent leur opinion.

 J’en doute

« Pour moi, il ne peut y avoir de révolutions sans de profonds changements au sein du club. Imaginons qu’effectivement un nouvel actionnaire débarque et injecte 20-30 M€ pour reprendre 30% des parts du club. A quoi servira l’argent ? Les Verts doivent déjà rembourser 20 M€ d’emprunt bancaire. Tout juste ce procédé remettra les compteurs à zéro et permettra de nouveaux investissements modérés l’été prochain. Peut-on ambitionner la C1 en investissant modérément ?

Aujourd’hui, pour faire changer de braquet à l’ASSE, il faut à mon sens un projet et une stratégie plus audacieuse. Plus que du pétrole, il faut des idées nouvelles. En Ligue 1, n’est-pas QSI qui veut. A l’OM, Frank McCourt a promis 200 M€. L’Américain en a investi une bonne partie et n’a toujours pas vu la Ligue des Champions. A Monaco et à Lille, le projet a été bâti sur la jeunesse et pour devenir des plate-formes d’achats-ventes. Des paris qui ont demandé de gros investissements au départ, de vraies prises de risques devant la DNCG … Et qui ont bien failli coûter cher sportivement aux Nordistes l’an passé et aux Monégasques cette saison. Bordeaux ? L’idée de GACP semble structurée, menée par des hommes compétents (l’ex-agent Hugo Varela en attendant le chasseur de tête de Leicester Eduardo Macia) et basée sur la jeunesse, mais le pari vient tout juste de démarrer et il n’y a aucun recul sur les choses.

Ce qu’on constate dans tous les cas, c’est qu’à chaque fois l’actionnaire étranger est arrivé en prenant le contrôle. Chez les Verts, ce ne sera pas le cas. Et je ne vois pas de modèle équivalent ayant réussi en France. L’OGC Nice ? Les investisseurs sino-américains étaient rentrés majoritaires en laissant la main au tandem Rivère – Fournier mais on a vu que, sur la durée, les dirigeants historiques se sont faits manger et que l’influence des investisseurs étrangers a mis à mal un plan audacieux. Bien sûr, certains feront remarquer que l’OL a réussi le pari en faisant rentrer des Chinois dans l’actionnariat tout en permettant à Jean-Michel Aulas de garder la main. Je répondrais simplement que le modèle économique pérenne était déjà là avec le Groupama Stadium, le Groupama Training Center et la Groupama OL Academy comme gage du développement économique.

Quel gage pour les Verts ? Un effectif vieillissant sans énorme valeur marchande comme point de départ ? Un centre de formation de L’Etrat dont les murs appartiennent certes au club mais qui galère à alimenter l’équipe première en talents ? L’exploitation d’un stade qui n’appartient pas à l’ASSE ? Nouvel actionnaire ou pas, les leviers me paraissent quand même ultra-limités… »

Alexandre CORBOZ

Je pense que ça peut le faire

« Sportivement, je ne suis pas toujours d’accord avec les choix opérés par le club, et je pense que l’on peut difficilement l’être avec les recrutements opérés avant l’arrivée de Gasset, par exemple, la gestion du cas Bamba, etc… Mais d’un strict point de vue financier, le duo Caiazzo-Romeyer a fait ses preuves. Depuis plus de dix ans maintenant, il a pérennisé le club. Et si les deux hommes jugent qu’il leur faut aujourd’hui s’associer à un troisième actionnaire, cela ne me dérangerait pas du tout de voir l’ASSE prendre ce chemin. On sait que le club a beaucoup investi, qu’il a emprunté, et que la concurrence est de plus en plus riche. Mais plutôt que de s’orienter vers une vente pure et simple à des investisseurs étrangers, continuer de jouer sur cette « fibre locale », qui fait des Verts une exception dans le foot français actuel, pourquoi pas ?

L’ASSE n’est-elle pas 5e de L1 aujourd’hui avec le duo Caiazzo-Romeyer toujours aux commandes, même si les deux coprésidents ont délégué à Frédéric Paquet ?  La donne a changé depuis l’an dernier. Avec la hausse à venir des droits TV, le duo n’a plus l’intention de vendre. Il cherche juste un investisseur capable de lui permettre de présenter un budget de l’ordre de 100 M€, pour pouvoir continuer de jouer l’Europe. Il y a plus mal lotis, non ?»

Laurent HESS

 

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