La fracture est désormais ouverte entre les supporters de l’ASSE et Kilmer Sports Ventures. Après un nouvel échec sportif et une saison de plus à venir en Ligue 2, les principaux groupes de supporters stéphanois ont décidé de sortir du silence. Et le message est brutal.
Dans un communiqué commun signé par les Indépendantistes Stéphanois 98, l’Union Supporters Stéphanois, les Green Angels 92 et les Magic Fans 91, les supporters des Verts ont adressé un véritable ultimatum à la direction. Deux ans après l’arrivée de KSV, ils ne veulent plus entendre de promesses. Ils réclament des actes.
Les supporters de l’ASSE ne veulent plus attendre
L’élimination face à Nice en barrage L1/L2 a laissé des traces profondes. L’ASSE espérait retrouver la Ligue 1, mais les Verts repartiront finalement pour une nouvelle saison dans l’antichambre de l’élite. Un scénario devenu insupportable pour une partie du peuple stéphanois.
Car au-delà de l’échec sportif, c’est la méthode qui est aujourd’hui remise en cause. Les supporters estiment que le projet porté par Kilmer Sports Ventures n’a pas produit les résultats attendus. Malgré des moyens importants, malgré un discours ambitieux, le club stagne.
Le communiqué publié ce mardi ressemble donc à un cri d’alerte. Mais aussi à une mise en demeure. Les groupes ne se contentent plus de constater les erreurs : ils demandent désormais un changement clair de cap.
Gazidis directement visé par les groupes
Premier dirigeant ciblé : Ivan Gazidis. Le président de l’ASSE est accusé d’être trop éloigné du quotidien du club et du championnat. Les groupes de supporters dénoncent « un président bien trop absent et déconnecté de la réalité de notre championnat, convaincu de pouvoir imposer sa méthode depuis l’étranger, et se réfugiant derrière des discours de politiciens. »
La charge est lourde. Pour les supporters, le problème vient aussi d’une gouvernance jugée trop distante, trop théorique, pas assez ancrée dans la réalité de la Ligue 2 et de l’identité stéphanoise.
À Saint-Étienne, un président ne peut pas seulement incarner une vision. Il doit aussi comprendre le poids populaire du club, son environnement, son histoire et l’urgence du terrain. C’est précisément ce que les groupes reprochent aujourd’hui à Gazidis.
Fahmy et Rosenfeld également dans le viseur
Ivan Gazidis n’est pas le seul à être visé. Huss Fahmy est lui aussi fortement critiqué. Les supporters pointent « des méthodes de management douteuses et des discours sportifs à la limite de l’arrogance. »
Un reproche qui traduit un malaise profond : celui d’une direction perçue comme trop sûre d’elle, alors que les résultats ne suivent pas. Pour les groupes, le discours ne colle plus à la réalité sportive.
Jaeson Rosenfeld, symbole de l’approche data portée par KSV, n’est pas épargné non plus. Les supporters estiment que « ses choix n’ont pour l’heure montré aucune efficacité et s’avèrent inappropriés à court terme. »
La data devait permettre à l’ASSE de mieux recruter, de mieux anticiper et de construire un effectif cohérent. Mais pour les supporters, le bilan est clair : le club est toujours en Ligue 2, et la méthode n’a pas encore prouvé son efficacité.
Perrin, Soucasse, Rustem : quel rôle réel dans l’organigramme ?
Le communiqué ne s’arrête pas au trio Kilmer. Les dirigeants français encore présents dans la structure sont eux aussi remis en question. Loïc Perrin, Jean-François Soucasse et Samuel Rustem voient leur légitimité interrogée.
Les groupes se demandent ouvertement « quelle est encore leur légitimité », estimant qu’ils ont été « propulsés par défaut à leur poste sous Romeyer » et qu’ils semblent désormais n’être que « les exécutants et les fusibles du trio KSV. »
Cette phrase pose une vraie question : qui décide réellement à l’ASSE ? La direction locale a-t-elle encore un pouvoir d’action ou se contente-t-elle d’appliquer les choix venus d’en haut ?
Pour les supporters, cette confusion dans l’organigramme nourrit l’instabilité et l’incompréhension autour du projet.
Les supporters réclament un vrai directeur sportif
Au-delà des critiques, les groupes de supporters formulent aussi des demandes précises. La première concerne la nomination ou la présence d’un directeur sportif fort, visible et impliqué au quotidien.
Ils veulent un homme de terrain, capable d’imposer de la discipline, de la rigueur et une vraie ligne sportive. Un responsable qui ne soit pas seulement là pour incarner un organigramme, mais pour structurer concrètement le vestiaire et le recrutement.
Après deux échecs consécutifs, les supporters considèrent que l’ASSE ne peut plus avancer avec une organisation floue. Le club a besoin d’une autorité sportive claire, présente à l’Étrat, capable de prendre des décisions fortes.
Une identité stéphanoise à reconstruire
L’autre demande majeure concerne l’identité du club. Pour les groupes, l’ASSE ne peut pas être réduite à un projet financier, à des tableaux de données ou à une stratégie marketing.
Le communiqué insiste sur une idée forte : « L’ASSE n’est pas une marque mais un club de football, actuellement en Ligue 2, qui n’a besoin que de deux maillots pour pouvoir jouer, ce qui est pour rappel sa raison d’exister. »
Derrière cette phrase, il y a une critique directe de la modernisation perçue comme déconnectée de l’ADN stéphanois. Les supporters veulent un club ambitieux, mais pas un club qui oublie ce qu’il est.
À Saint-Étienne, l’identité compte autant que les résultats. Le Chaudron, la ferveur populaire, l’histoire ouvrière, le maillot vert, le rapport au collectif : tout cela ne peut pas être relégué au second plan.
Le choix du capitaine également pointé
Les groupes réclament aussi un capitaine digne des valeurs de l’ASSE. Ce point peut sembler symbolique, mais il dit beaucoup de la crise actuelle.
Pour les supporters, le capitaine doit être plus qu’un joueur avec un brassard. Il doit représenter l’engagement, la responsabilité, le respect du maillot et la capacité à entraîner le groupe dans les moments difficiles.
Dans une saison où l’ASSE a souvent manqué de caractère et de continuité, cette demande traduit un besoin de leadership. Les supporters veulent revoir une équipe qui se bat, qui assume et qui ressemble à son public.
Kilmer Sports Ventures mis face à ses responsabilités
La conclusion du communiqué est sans ambiguïté. Les groupes affirment que leur patience a atteint ses limites et qu’une stratégie claire doit désormais être établie « afin de construire notre futur sans oublier notre présent. »
Le message est limpide : KSV n’a plus le droit à l’erreur. Les supporters acceptent l’idée d’un projet à long terme, mais pas au prix d’un présent sacrifié. L’ASSE doit remonter, se structurer et retrouver une direction sportive cohérente.
Après deux saisons ratées, les discours ne suffisent plus. Le peuple vert attend des décisions fortes, rapides et visibles.
L’ASSE entre dans un été sous très haute tension
Ce communiqué marque un tournant. Les supporters ne se contentent plus de gronder dans les tribunes. Ils ciblent précisément les responsables, questionnent l’organigramme et imposent leurs exigences.
Pour Kilmer Sports Ventures, l’été s’annonce donc brûlant. Le choix du directeur sportif, la construction de l’effectif, la nomination des leaders du vestiaire et le respect de l’identité stéphanoise seront scrutés de près.
L’ASSE est encore en Ligue 2. Mais désormais, la pression ne vient plus seulement du terrain. Elle vient aussi des tribunes. Et à Saint-Étienne, quand les groupes de supporters parlent d’une seule voix, la direction ne peut pas faire semblant de ne pas entendre.







