Ancien entraîneur des Verts entre 2019 et 2021, Claude Puel a profité de sa conférence de presse d’avant-match pour revenir longuement sur son passage dans le Forez. Un discours fort, parfois amer, auquel Bernard Caiazzo a répondu sans détour. Résultat : une passe d’armes musclée qui relance les débats autour d’une période encore très sensible chez les supporters stéphanois.
Claude Puel défend son passage à l’ASSE
Face aux médias, Claude Puel a souhaité remettre “les choses en perspective”. L’actuel entraîneur niçois estime que son bilan à l’ASSE est trop souvent résumé aux mauvais résultats sportifs, sans prendre en compte le contexte économique extrêmement compliqué du club à cette époque.
« Je vais faire une petite mise au point au sujet de l’ASSE. Parce qu’il y a une perception qui est souvent galvaudée. On ne retient que le résultat », a d’abord lancé l’ancien coach des Verts.
Puel rappelle qu’à son arrivée, Saint-Étienne traversait une crise profonde, aggravée ensuite par le Covid et la chute des droits télévisés. Selon lui, sa mission principale était avant tout de sauver le club financièrement.
« Quand j’arrive, le club est mal classé à l’automne. Et est en grosse difficulté financière. Le Covid, la perte du diffuseur… C’était un club qui était en grande délicatesse financière, qui était surveillé par la DNCG. Ma mission, c’était d’essayer de créer des actifs et générer des fonds pour le club. Et c’est ce qu’on a fait », a expliqué Puel.
Le technicien de 64 ans insiste particulièrement sur le développement des jeunes joueurs, devenu selon lui indispensable pour éviter une catastrophe similaire à celle vécue par les Girondins de Bordeaux.
« Grâce à ces jeunes, Saint-Étienne a pu se maintenir d’un point de vue administratif. Parce que son futur était plutôt dans la lignée de celui de Bordeaux », a-t-il affirmé.
Claude Puel regrette également de ne pas avoir pu terminer son travail sportif après son éviction en décembre 2021, remplacé par Pascal Dupraz qui n’avait pu maintenir l’ASSE en L1.
« J’aurais bien aimé aller au bout du cycle et essayer de maintenir cette équipe. Je n’en ai pas eu l’occasion, puisque je suis parti même pas à la moitié de saison. Et on était à deux points de la première place non-relégable », a-t-il ajouté.
Puel a enfin rappelé les difficultés rencontrées sur le marché des transferts.
« En quatre mercatos, nous n’avons jamais pu faire un achat de joueur. Ça veut tout dire. Pas parce que je n’en voulais pas. Le fait que tous ces jeunes aient été vendus a généré plusieurs dizaines de millions d’euros ».
Caiazzo charge la gestion humaine de Puel
Les propos de Claude Puel n’ont pas laissé Bernard Caiazzo indifférent. Interrogé sur Eurosport, l’ancien président du conseil de surveillance de l’ASSE a livré une réponse très directe.
Caiazzo a d’abord rappelé l’investissement financier important réalisé par le club pour attirer l’ancien entraîneur de Monaco et de Lille.
« On a fait un effort financier considérable pour Claude Puel en le payant 250 000 euros par mois et quand il est parti, il nous a coûté 4 millions d’euros, une fortune », a-t-il déclaré.
S’il reconnaît les qualités footballistiques de Puel, Caiazzo pointe surtout une gestion humaine qu’il juge trop brutale.
« C’est quelqu’un d’extrêmement honnête, un type droit, quelqu’un qui connaît le football. Mais quand j’ai commencé à entendre Robert Beric, le plus gentil des hommes, dire que Claude était une porte de prison… », a confié l’ancien dirigeant stéphanois.
Le cas Stéphane Ruffier reste notamment un symbole des tensions de l’époque. Pour Caiazzo, la mise à l’écart de l’ancien gardien des Verts a profondément cassé le vestiaire.
« Il aurait pu gérer différemment le cas Stéphane Ruffier. Quand un coach a un gardien qui a une baisse de forme, on a une discussion avec lui, on l’écoute. Or Puel, quand il tranche, il tranche avec une sévérité et une intransigeance… », a-t-il regretté.
Selon lui, cette méthode autoritaire a rapidement éloigné le groupe de son entraîneur.
« Il avait très vite le groupe contre lui, on n’avait plus le choix », a lâché Caiazzo.
Bernard Caiazzo a également évoqué un autre sujet sensible : le recrutement de l’attaquant uruguayen Ignacio Ramirez lors de l’été 2021. Une arrivée que Claude Puel aurait, selon lui, refusée.
« À l’été 2021, on avait absolument besoin d’un attaquant, Claude ne voulait pas. Est-ce que vous connaissez un coach qui refuse que ses dirigeants recrutent ? », a lancé Caiazzo.
L’ancien patron des Verts estime que l’Uruguayen n’a jamais bénéficié d’une vraie chance malgré des performances intéressantes avec la réserve.
« On prend un Uruguayen, Ignacio Ramirez, pour 500 000 euros. Il joue en réserve, il marque, on sent qu’il a le sens du but. Mais il n’a jamais voulu le faire jouer. Le garçon était malheureux », a-t-il poursuivi.
Enfin, Caiazzo a terminé en opposant le management de Puel à celui d’autres techniciens plus proches de leurs joueurs.
« Je pense que parler au cœur des hommes, c’est la qualité numéro un d’un coach. Il faut aimer les joueurs », a-t-il conclu, avant de citer Philippe Montanier comme exemple. Outre Ruffier, poussé vers la sortie, Puel avait également écarté Beric à l’ASSE, mais aussi Khazri et Boudebouz, de gros salaires. Et il avait aussi eu des soucis avec Matthieu Debuchy, qu’il avait pourtant connu à Lille…
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