L’Olympique de Marseille n’a plus le droit à l’erreur. Sanctionné par l’UEFA le 17 juin pour ses comptes structurellement déficitaires, le club phocéen s’en sort finalement avec une décision moins terrible que ce qu’il pouvait craindre. Mais le message est très clair : Marseille n’a qu’une saison pour redresser la barre.
L’OM a écopé d’un sursis, d’une amende de 10 millions d’euros, dont 6 millions pour non-respect des objectifs de revenus et 4 millions pour un ratio de masse salariale supérieur à 70 %, ainsi que d’une restriction sur l’inscription de nouveaux joueurs en Liste A pour la saison 2026-2027.
En clair, le club marseillais est sous pression maximale. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, l’OM s’expose à un bannissement automatique des coupes d’Europe en 2027-2028. Pour éviter ce scénario catastrophe, quatre leviers apparaissent désormais indispensables.
Réduire la masse salariale, l’urgence absolue
C’est le premier chantier, et sans doute le plus évident. L’OM doit réduire sa masse salariale. Aujourd’hui, les salaires pèsent beaucoup trop lourd dans les comptes du club.
Selon les données financières de la DNCG sur l’exercice 2024-2025, la masse salariale marseillaise, cotisations incluses, s’élevait à 153,7 millions d’euros. Elle représenterait plus de 80 % des revenus opérationnels du club.
Un chiffre incompatible avec les exigences de l’UEFA, qui impose désormais une règle très stricte : les dépenses liées aux salaires, aux transferts et aux commissions d’agents ne doivent pas dépasser 70 % des recettes.
Pour Marseille, cela signifie une chose : il faudra couper dans les coûts. Et vite.
Le passage devant la DNCG, prévu le 23 juin, pourrait d’ailleurs confirmer cette tendance. Il est très probable que le gendarme financier du football français impose un encadrement de la masse salariale au club phocéen.
Vendre des joueurs pour respirer
Réduire les salaires passera forcément par des départs. L’OM va devoir vendre, et pas seulement des joueurs secondaires. Pour retrouver de l’air financièrement, Marseille devra probablement sacrifier certains éléments à forte valeur marchande.
L’effectif olympien est valorisé à 363,10 millions d’euros par Transfermarkt, ce qui en fait le quatrième effectif le plus cher de Ligue 1. Sur le papier, le club possède donc des actifs intéressants. Mais vendre au bon prix sera une mission délicate.
Le nom le plus évident est celui de Mason Greenwood. L’ailier anglais est aujourd’hui le joueur le plus bankable de l’effectif marseillais. Sa valeur est estimée à 55 millions d’euros par Transfermarkt, entre 52 et 60 millions par l’Observatoire du football, et même 72,8 millions d’euros par Football Benchmark.
Mais le dossier est plus complexe qu’il n’y paraît. En cas de transfert, l’OM devra reverser une partie importante de l’indemnité à Newcastle United, avec une clause estimée entre 30 % et 50 % selon les sources.
Autrement dit, même une grosse vente ne rapporterait pas l’intégralité du montant à Marseille. Un détail capital dans un été où chaque million comptera.
Augmenter les revenus, le chantier le plus long
Si l’OM peut agir directement sur les dépenses, augmenter les recettes sera beaucoup plus compliqué. Le club va devoir composer avec plusieurs freins importants.
D’abord, les droits TV domestiques restent incertains, notamment avec la première saison de la plateforme Ligue 1+. Ensuite, Marseille passera de la Ligue des Champions à la Ligue Europa, beaucoup moins rémunératrice. Ce changement de compétition pourrait représenter plusieurs dizaines de millions d’euros en moins selon le parcours européen du club.
Dans ce contexte, le principal levier de croissance se situe autour du stade Vélodrome.
Le futur naming pourrait offrir une nouvelle source de revenus, à condition que l’OM puisse réellement en tirer les bénéfices selon l’accord conclu avec la Métropole, propriétaire de l’enceinte. L’exploitation plus intensive du stade peut aussi devenir un axe majeur : hospitalité, événements hors-football, concerts, séminaires, offres premium, partenariats internationaux ou encore politique tarifaire mieux optimisée.
Ce levier est sans doute le plus structurel pour l’avenir. Il ne permet pas de régler les problèmes immédiatement, mais il peut élargir durablement la base de revenus du club.
Et c’est précisément ce dont l’OM a besoin : moins dépendre des ventes de joueurs et des qualifications européennes pour équilibrer ses comptes.
Faire entrer un actionnaire minoritaire
Le quatrième levier concerne le capital du club. Frank McCourt l’a reconnu : il cherche un ou plusieurs partenaires capables d’entrer comme actionnaires minoritaires.
Sur le papier, une telle opération pourrait renforcer les fonds propres de l’OM et envoyer un signal positif. Mais elle ne réglerait pas tout, surtout vis-à-vis des règles de l’UEFA.
Pour être prise en compte, la somme investie doit être une véritable augmentation de capital, enregistrée avant la fin de la période de référence. Elle ne doit pas être considérée comme un prêt déguisé.
En revanche, cette entrée d’argent ne permettrait pas de contourner le fameux ratio de masse salariale. L’UEFA ne comptabilise pas les apports d’actionnaires dans les “recettes déterminantes” qui servent à calculer le plafond de 70 %.
C’est une règle essentielle : un club ne peut pas simplement gonfler ses revenus grâce à un mécène pour financer ses salaires et ses transferts. L’UEFA veut pousser les clubs à générer des revenus autonomes : droits TV, billetterie, sponsoring, ventes de joueurs.
Un nouvel actionnaire pourrait donc aider Marseille à se renforcer financièrement, mais il ne dispenserait pas le club de réduire ses dépenses.
Une sanction clémente, mais un avertissement brutal
À la lecture des risques normalement encourus, l’OM peut presque s’estimer heureux. La sanction de l’UEFA reste lourde, mais elle ne condamne pas immédiatement le club.
Le vrai danger est désormais devant. Marseille dispose d’une seule saison pour se remettre dans les clous. En cas d’échec, le bannissement automatique des coupes d’Europe en 2027-2028 serait un séisme sportif, économique et symbolique.
Pour un club comme l’OM, vivre sans Europe serait un énorme coup dur. Moins de recettes, moins d’attractivité, moins de marge de manœuvre sur le mercato, et une pression encore plus forte sur la direction.







