L’élimination de la Coupe de France aux tirs au but face à Toulouse (2-2, 3 t.a.b. à 4), la troisième en quatre ans, confirme qu’il y a un syndrome Vélodrome. Mais si c’était davantage la faute des supporters que des joueurs, souvent accusés de ne pas être à la hauteur mentalement ?
Un étrange sentiment m’a étreint mercredi soir, sitôt qu’Ethan Nwaneri a expédié son tir au but au-dessus des cages toulousaines et scellé l’élimination de l’OM de la Coupe de France. Et ce sentiment était l’indifférence. Cela me l’avait déjà fait le 28 janvier après la claque à Bruges (0-3) mais j’avais mis ça sur le fait que je n’ai aucun espoir pour l’équipe en Champions League et qu’une élimination allait permettre aux joueurs d’économiser leurs forces pour le championnat et la Coupe. Grave erreur, je sais… Mais l’élimination face au TFC a confirmé un certain détachement vis-à-vis des péripéties de mon cher OM. C’est peut-être ce qu’on appelle la maturité. Ou la force de l’habitude car, à 46 ans, dont 36 de supportérisme acharné, j’ai quand même vécu largement plus de déceptions que de joies. Au point que la sortie d’Eric Di Méco après Paris, quand il s’est demandé pourquoi il s’infligeait tout ça, a trouvé un certain écho chez moi…
Des joueurs tétanisés par un contexte explosif
Mais revenons au match contre le TFC. Deux choses m’ont profondément marqué. La première, c’est la confiance affichée par l’entraîneur toulousain, Carles Martinez Novell, au moment du dernier corner de la partie. Comme s’il sentait que la qualification ne pouvait plus lui échapper. La seconde, c’est la réaction du virage Nord lorsque les joueurs sont venus le saluer après le coup de sifflet final. J’ai trouvé ça honteux. Ces mêmes personnes qui réclamaient du changement contre Strasbourg – et qui l’ont eu ! – ne sont aujourd’hui pas contentes alors que Frank McCourt a (partiellement) accédé à leurs demandes en écartant Pablo Longoria ! Avant cela, d’autres voulaient dégager Roberto De Zerbi. L’Italien est aussi parti. Résultat ? C’est pire qu’avant. Et on en vient au titre de cet article…
Comment des adversaires comme les Toulousains, les Lillois l’an dernier ou les Annéciens il y a trois ans, peuvent-ils aborder une séance de tirs au but au Vélodrome avec plus de confiance que les Marseillais ? Pour moi, c’est parce qu’ils voient bien que leurs adversaires sont tétanisés par le Vélodrome. Roberto De Zerbi, pour en revenir à lui, s’était interrogé sur ce fameux syndrome Vélodrome la saison dernière. Il avait semble-t-il trouvé la parade en deuxième partie de saison et au début de celle-ci. Mais dès que le vent tourne du mauvais côté, la peur mordille à nouveau les jambes marseillaises, le doute s’installe dans leur esprit, en mode : « Si je rate cette passe, si je manque ce tir, je vais avoir droit à une bronca ». Ce contexte explosif, censé tétaniser l’adversaire, fait au final davantage de ravages dans nos rangs.
Des supporters trop versatiles
J’ai eu la chance d’assister à plus d’une centaine de matches au Vélodrome depuis trente ans. Et j’ai constaté une dégradation totale de la patience des virages. Ma première rencontre, c’était à l’été 1991, un OM-Nîmes (4-2) dans une ambiance incroyable. Il y avait, à cette époque, un soutien total et sans faille à l’équipe. Et pas cette impression d’évoluer au milieu d’une poudrière, où la première étincelle pourrait faire exploser tout le monde. C’était positif, uniquement positif. Vous pourriez me rétorquer que l’OM gagnait à l’époque, je vous répondrais que sous Deschamps, entre 2009 et 2012, c’était aussi le cas mais ça avait déjà basculé du mauvais côté. Le Vélodrome était déjà devenu un juge plutôt qu’un soutien. Si ça roule, ça encourage ; si ça dévisse, ça punit. Par des sifflets, des banderoles ou pires.
Didier Deschamps est d’ailleurs l’exemple type de l’influence néfaste que peut avoir le Vélodrome sur l’OM. Quatorze ans après, je suis toujours sidéré par la campagne de dénigrement des South Winners à son encontre. Je me fiche de savoir s’ils ont été téléguidés par José Anigo, de savoir si leur leader, Rachid Zeroual, avait un compte à régler avec l’actuel sélectionneur des Bleus. Deschamps est un emblème du club, le symbole d’une époque victorieuse, le capitaine ayant soulevé la Champions League. Il venait de ramener des trophées à Marseille pour la première fois depuis 17 ans. Et depuis qu’il est parti, il n’y a plus rien eu. La logique de 99% des clubs de la planète aurait été d’attendre que lui se lasse et parte de son propre chef. Mais à l’OM, c’est le Vélodrome qui a prononcé la sentence hallucinante. Deschamps n’est pas le seul. Pablo Longoria a subi le même sort. De la fameuse réunion qui a dérapé en septembre 2023 aux banderoles contre lui lors du match contre Strasbourg le 15 février, nos virages ont apporté la preuve que leur impatience leur fait perdre la mémoire.
La magie du Vélodrome n’opère plus
J’ai eu la chance d’aller deux fois à Anfield Road, en 2004 pour le premier Liverpool-OM de l’histoire et en 2007 pour la demi-finale retour de C1 contre Chelsea. Je me suis souvent demandé pourquoi le LFC était capable de tout dans son stade et pas nous. Notamment dans les dernières minutes des matches. La réponse, pour moi, se trouve dans l’attitude du public. En 2004, après le nul contre l’OM de Didier Drogba, les supporters des Reds n’ont rien fait au coup de sifflet final, si ce n’est quitter le stade en silence. C’est leur façon de sanctionner leurs joueurs. Ils ne leur hurlent pas dessus, ils ne leur balancent pas des fumigènes, ils ne cherchent pas à entrer dans la tribune présidentielle ou le parking de l’effectif. Ils sortent en silence. Par contre, quand ils sont remontés à bloc, comme face à Chelsea en 2007, ça donne une ambiance merveilleuse. De l’encouragement, simplement de l’encouragement.
Là est toute la différence pour moi : quand un joueur de Liverpool aborde un moment décisif d’un match, il le fait avec un soutien total de son public et sans la moindre crainte qu’en cas de raté, il se fera insulter. A l’inverse, vous imaginez ce qu’a dû ressentir Leonardo Balerdi mercredi en allant tirer son pénalty, lui qui avait déjà failli contre Annecy ? Ou le jeune Ethan Nwaneri, qui doit halluciner devant ce qu’il vit depuis un mois ? Et la réaction du virage Nord, à la fin, aura quelle conséquence sur les joueurs lors du prochain match contre Auxerre ?
Des joueurs qui ne sont plus respectés
Voilà d’ailleurs, un autre problème du Vélodrome : ne plus respecter ses joueurs. Ou, plutôt, oublier que ce sont des êtres humains. Les footballeurs sont, dans leur grande majorité, des passionnés, qui vivent encore plus mal que nous des éliminations comme celle de mercredi. Le 4 octobre, j’étais à Metz-OM (0-3) et les supporters messins auraient dû voir la tête de leurs joueurs, sortis tête basse de leur vestiaire, pour certains les larmes aux yeux. Ils arrêteraient de penser que ce sont des mercenaires qui ne ressentent rien. A l’OM, tout ça est décuplé. Leonardo Balerdi a énormément de limites, on est d’accord, mais ce qu’il prend dans la tête depuis des années est honteux. Voir un supporter faire une grève de la faim jusqu’à ce qu’il parte, ça fait rire les réseaux, mais comment le prend-il, lui ? Qu’il ait encore le courage d’aller un pénalty décisif après tout ça me dépasse. A sa place, j’aurais demandé à partir depuis longtemps…
Cela fait des années que je trouve que les supporters de l’OM ont dépassé les bornes. « L’OM, c’est nous ! » ? Non, les supporters sont les garants d’une histoire, d’une tradition, tout au plus mais les acteurs, ce sont les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants. Les insulter, les faire douter ou les menacer, c’est se tirer une balle dans le pied ! Il serait temps de revenir à un peu plus de retenue. De la raison tout en conservant la passion. En se rappelant ceci : Bernard Tapie, qui est à l’origine de l’amour de l’OM de la plupart d’entre nous, a mis deux ans avant de remporter ses premiers titres. La première saison, il a été devancé en championnat et battu en finale de Coupe par son pire ennemi (Bordeaux). La deuxième, il a fini 6e, été sorti honteusement de la Coupe par Bastia et s’est pris une leçon en Coupe des Coupes par l’Ajax. La troisième, celle du doublé, il a viré Gérard Banide d’entrée. Qu’est-ce qu’il aurait pris dans la tête si cela s’était produit aujourd’hui ! Quel déluge de haine et de moqueries se serait abattu sur lui avec ses millions engloutis pour zéro trophée ! Mais à l’époque, les supporters supportaient et ne se prenaient pour des apprentis sorciers. Ce serait bien de revenir à plus de simplicité…
Le calendrier de fin de saison de l’OM
07/03 : Toulouse-OM (25e journée de Ligue 1)
13/03 : OM-Auxerre (26e journée de Ligue 1)
22/03 : OM-Lille (27e journée de Ligue 1)
05/04 : Monaco-OM (28e journée de Ligue 1)
12/04 : OM-Metz (29e journée de Ligue 1)
19/04 : Lorient-OM (30e journée de Ligue 1)
26/04 : OM-Nice (31e journée de Ligue 1)
03/05 : Nantes-OM (32e journée de Ligue 1)
09/05 : Le Havre-OM (33e journée de Ligue 1)
16/05 : OM-Rennes (34e journée de Ligue 1)



















