« El Pistolero » pourrait se voir infliger une lourde suspension pour son geste qui s'apparente à une récidive, lui qui avait déjà croqué du Otman Bakkal à son époque amstellodamoise et du Branislav Ivanovic il y a plusieurs mois en Angleterre.
Sur le diable de Liverpool, on a tout entendu ces dernières heures. « Il est malade », « Il faut l'enfermer dans un asile psychiatrique », « Il faut lui mettre une muselière », « C'est un danger public, un cannibale »”¦ Non, Luis Suarez n'est pas fou. C'est juste un Sud-américain dans toute sa splendeur pour qui la fin (et non la faim !) justifie les moyens. Il aspire tellement à gagner qu'il en est vicieux. Et ce vice, le public latino-américain en raffole.
Un choc entre l'Europe conservatrice et une certaine idée du ballon”¦
Pourquoi a-t-il mordu Chiellini hier ? Pour le plaisir ? Non, à la 79e minute du match, le score était de 0-0. Il fallait trouver un moyen de marquer. Coûte que coûte. De la provocation ? Pourquoi pas ? En mordant son défenseur, Suarez espérait sans doute un geste d'humeur. Un penalty sifflé pour lui ou à défaut – et c'est ce qui s'est passé – faire sortir du match son adversaire direct. Durant les minutes qui ont suivi, Chiellini – qui est sans doute le meilleur joueur de tàªte de la Squadra Azzura – n'y était plus. Le but de la Céleste intervient sur corner et de la tàªte, par Godin. Est-ce que Prandelli avait demandé à Chiellini de s'occuper du défenseur de l'Atlético Madrid sur phase arràªté ? Je n'ai pas la prétention de connaitre dans le moindre détail les plans défensifs de l'Italie. Mais avouez que c'est suspect ! De là à dire que la « catinerie » de Luis Suarez a influencé le résultat final, c'est difficilement prouvable”¦
En tout cas, il faut voir dans le procès fait à Luis Suarez une forme de choc culturel. Cela se ressent d'ailleurs dans les gazettes internationales. En Europe, l'Angleterre et l'Espagne condamnent. Le Daily Mail va màªme jusqu'à traiter le meilleur joueur de Premier League de « paria ». En Amérique du Sud, les journaux comme El Grafico (Chili) ou Lance ! (Brésil) s'en amusent. Car la notion du fair-play, d’esprit Olympique à la sauce Pierre de Coubertin, c'est finalement très européen. Sur le vieux continent, on veut que le résultat soit associé à la beauté du geste. A une idée précise des valeurs que l'on veut véhiculer.
”¦ Et l'Amérique du Sud qui se plait à aimer les méchants
Pour les Sud-Américains, tout à§a, c'est juste un vulgaire ouvrage pour enfants à la manière de « Oui-Oui tape dans le ballon ». Les « Sud-Am » louent un culte à la victoire. Pour elle, tous les moyens sont bons. Màªme les moins légaux. Màªme les plus moches. Les bonnes manières ou le panache, ce ne sont que des fioritures”¦ Et l'histoire des Coupes du Monde au travers des « jeux de mains, jeux de vilains » tend à démontrer ce différend culturel.
Quand Maradona fait sa main en 1986 face à l'Angleterre, c'est un voyou au Royaume-Uni et une idole, presque un dieu, en Argentine. Quand Luis Suarez sauve sur la ligne de la main face au Ghana lors du Mondial 2010 et que son geste qualifie son Uruguay, il devient un héros national. Dans la sacro-sainte Europe, on parle de la « main du diable ». Et pour illustrer l'exemple dans l'autre sens : la main de Thierry Henry qui qualifie la France face à l'Irlande pour l'Afrique du Sud. Champion du Monde et d'Europe, « Titi » aurait dû àªtre respecté et pardonné pour l'ensemble de son Å“uvre. On l'a descendu, on a formulé des excuses nationales et màªme politiques au nom du fair-play”¦ En Uruguay, Henry aurait plutôt eu une statue à son effigie comme ce vrai patriote qu'est Luis Suarez, pràªt à faire toutes les crasses possibles et mettre sa carrière entre parenthèses au nom de la fierté d'amener son pays en huitièmes de finale”¦ Et si elle était là la vraie beauté du geste ?
Alexandre CORBOZ












