Bien avant de prendre les commandes de l’ASSE, Ivan Gazidis a participé à la création d’un championnat que beaucoup pensaient condamné avant même son lancement : la Major League Soccer. Une expérience fondatrice qui permet de mieux comprendre la méthode du président stéphanois.
Ivan Gazidis n’a pas seulement dirigé deux géants européens comme Arsenal et l’AC Milan. Son incroyable parcours dans le football a commencé en 1994, aux États-Unis, dans des conditions particulièrement précaires. Le dirigeant, alors avocat, est devenu le deuxième salarié de l’histoire d’une MLS encore inexistante.
Interrogé par L’Équipe dans un salon de Geoffroy-Guichard, le président de l’AS Saint-Étienne a raconté les coulisses de cette aventure totalement improbable. À cette époque, la FIFA avait imposé la création d’un championnat professionnel aux États-Unis en contrepartie de l’organisation de la Coupe du monde 1994.
Une simple table installée dans un couloir
Avec Mark Abbott, Ivan Gazidis devait construire une compétition en partant pratiquement de zéro. Les deux hommes ne disposaient même pas de véritables locaux pour travailler.
« On n’avait pas de bureau, juste une table dans un couloir, dans le bâtiment où était installé le comité d’organisation du Mondial. Les gens passaient devant nous sans s’arrêter », se souvient le dirigeant stéphanois.
Le projet suscitait alors une immense méfiance aux États-Unis. La presse américaine avait même détourné le nom de la compétition en la surnommant ironiquement la « Mythical League Soccer ». Peu de personnes imaginaient le football s’installer durablement dans un pays dominé par la NFL, la NBA et le baseball.
« Il y avait ce sentiment profondément ancré qu’une ligue professionnelle ne pourrait jamais voir le jour aux États-Unis. Personne ne croyait en nous », explique Gazidis.
« On dormait à peine »
La mission était immense. Les dirigeants devaient notamment trouver des investisseurs capables de verser 5 millions de dollars pour acquérir une franchise, tout en convainquant des partenaires souvent peu réceptifs.
Les derniers mois précédant le lancement de la première saison, en avril 1996, ont marqué Gazidis. « C’étaient les mois les plus intenses de ma vie professionnelle. C’était fou, on dormait à peine », confie le président de l’ASSE.
Le succès du match inaugural a pourtant dépassé toutes les attentes. Alors que les organisateurs espéraient environ 30 000 spectateurs, près de 70 000 personnes se sont rendues au Rose Bowl de Pasadena pour assister à la rencontre entre le Los Angeles Galaxy et les MetroStars.
Gazidis a contribué à transformer la MLS
Cet engouement n’a pas empêché la jeune ligue de rencontrer de nombreuses difficultés. Les immenses stades de football américain ne correspondaient pas à l’atmosphère recherchée pour les matchs de soccer. La MLS a donc progressivement privilégié des enceintes plus adaptées, d’environ 20 000 places.
Devenu commissaire adjoint en 2001, Gazidis a également participé à la suppression de plusieurs règles artificielles, notamment les fameux « shoot-outs » utilisés pour départager les équipes après un match nul. L’objectif était de rapprocher la compétition des standards du football international.
Plus de trois décennies après ses débuts, la MLS est devenue un championnat installé, capable d’attirer des joueurs mondialement connus. Cette réussite porte en partie la marque du dirigeant désormais chargé de ramener l’ASSE en Ligue 1.
Les deux projets ne sont évidemment pas comparables, mais le parcours de Gazidis démontre sa capacité à travailler dans un environnement difficile et à construire sur le long terme. Les débuts du projet stéphanois sont laborieux et l’impatience grandit autour de Geoffroy-Guichard. Le président des Verts sait cependant mieux que quiconque qu’un projet auquel personne ne croit peut finir par devenir une réussite.





















