FC Nantes : politiques, anciens joueurs, supporters, comment Nantes vit les mauvais résultats Lancer le diaporama
FC Nantes : le calendrier de fin de saison des Canaris en Ligue 1
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par Benjamin Danet
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FC Nantes : politiques, anciens joueurs, supporters, comment Nantes vit les mauvais résultats

Si la fameuse goélette a été expurgée du blason new-look des Canaris, le FC Nantes donne toujours l'impression d'être un bateau ivre qui navigue à vue depuis plus d'une décennie. Aujourd'hui en péril sportif, la Maison Jaune suscite au mieux la colère, au pire l'indifférence. En attendant, peut-être, un nouveau repreneur.

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Avant même d'arriver à Nantes, l'effervescence des Canaris rayonnait à des kilomètres à la ronde. En voiture, on venait de loin, des départements limitrophes, avec écharpe fièrement installée sur le tableau de bord. Et toutes les deux semaines environ, cette effervescence se traduisait par ces grands panneaux lumineux disposés le long du périphérique nantais indiquant de forts ralentissements voire des risques de bouchon dans le secteur de la porte de la Beaujoire.

Motif ? "match" ou "manifestation sportive". Ca, c'était avant donc. Avant qu'une pandémie ne vide totalement les stades dans lesquels plus personne ne converge désormais le week-end en Europe. Mais à bien y regarder, sauf pour de prestigieuses affiches face au PSG ou l'OM, l'enceinte posée au nord de la Loire n'attirait déjà plus vraiment les foules avant l'arrivée du covid. Même les derbies face à Rennes et Bordeaux, ou une soirée de gala contre l'adversaire historique Saint-Etienne ne faisaient plus vraiment le plein.

C'est un fait, le FC Nantes semble avoir sombré dans un relatif anonymat même si le "fiasco" Domenech, selon Olivier Quint, a donné un écho considérable à une ville surtout connue pour avoir célébré en fanfare huit titres de champions de France et permis d'exporter le jeu à la nantaise par delà des frontières hexagonales. Entre désamour et lassitude, le club est-il encore l'étendard de sa région ? "Oui", veut croire Gilles Rampillon, ex attaquant de l'équipe phare des années 80. "Non, tranche Florian Cazzola, journaliste à France Bleu Loire-Océan. Les gens se rattachent au passé glorieux mais ce FC Nantes-là ne rassemble pas."

Aujourd'hui, l'étendard est plutôt devenu banderole. Et même banderoles. Ces dernières semaines, d'innombrables messages ont ainsi été déployées un peu partout avec un message identique à chaque fois  :  "Le FC Nantes est à vendre". Un rêve pour les plus irréductibles fans, soudain transformés en agents immobiliers. Un rêve que n'entend pas, pour l'heure, réaliser Waldemar Kita, le propriétaire toujours solidement accroché à la Maison Jaune depuis son rachat à l'été 2007. Au grand regret "d'un supporter sur trois", selon un sondage mené par Simon Reungoat.

Même si le journaliste de la radio Hitwest pense que le club sauvera sa place dans l'élite (« en passant par les barrages »), "une partie des supporters souhaite la descente, pensant que cela facilitera le départ de Waldemar Kita et donc la vente." Un mal pour un bien en somme, à l'image du RC Strasbourg, tombé très bas pour reconstruire sur des bases saines. "Non, surtout pas, coupe Gilles Rampillon. Je ne comprends pas ce point de vue-là, on peut très bien impulser une nouvelle du dynamique tout en restant en L1, c'est possible ! Surtout qu'après pour remonter, ce n'est pas évident !" Olivier Quint est du même avis : "Il faut sauver l'essentiel, une place en Ligue 1, une descente, surtout pas ! Economiquement, ça serait catastrophique. Et qu'est ce qui ferait croire qu'on remonterait la saison prochaine ?"

Et le FCN est d'ailleurs bien placé pour le savoir, lui qui a végété quatre saisons consécutives (2009-2013, plus 2008-2009) dans l'antichambre de la L1, flirtant même avec une relégation en National, avant de retrouver l'échelon supérieur... Reste que si l'on apprend souvent de ses échecs, ici, les leçons n'ont pas vraiment été tirées. Sept ans plus tard, "l'ambiance est toujours aussi délétère" autour du FCN constate Simon Reungoat, lequel parle même "d'apothéose" pour l'exercice en cours. Et pour cause : deux coaches liquidés en moins de six mois (Gourcuff et Domenech), un jeu à faire dormir un gamin hyperactif et une plongée dans les bas-fonds du tableau. Un symbole de l'ère Kita : « Valse des entraîneurs, défiance du public et résultats en berne », énumère le journaliste d'Hitwest. "Depuis le limogeage de Gourcuff, il y a de l'inquiétude même si avec Kombouaré ca semble aller un peu mieux mais quand tu es 19e à sept journées de la fin, oui, tu peux descendre. Mais Nantes n'est pas décroché pour autant, donc il faut absolument trouver des points, le match contre Nice (dimanche) est à ce titre capital." 

"Tout ce qui entoure le club, l'équipe, c'est pesant"

A France Bleu Loire-Océan, Florian Cazzola n'est guère plus enthousiaste quant au climat. "Tout ce qui entoure le club, l'équipe, c'est pesant, observe Florian Cazzola. Il y a l'incertitude sur une vente éventuelle, qui pourrait être conditionnée aux droits télé par exemple, on navigue dans le flou ! Et puis toutes ces manifestations de supporters, que je comprends...". Mais la voix des Canaris sur la station y voit toutefois un signal optimiste : « Cela veut dire que le club compte toujours dans le cœur des gens, ils ne vont pas le lâcher". En interne en tout cas, tout semble fait pour que certains lâchent, justement. Un salarié exprime un véritable malaise, une pression constante. « C'est invivable, tout est fait pour pousser à la démission", grince l'un d'eux. Quant aux sponsors, la plupart sont sur la réserve, voire dans l'expectative d'un nouveau projet. En attendant, ils soutiennent  "le club", contre vents et marées, "mais pas forcément Waldemar Kita", assure l'un d'eux qui reconnaît néanmoins que l'homme d'affaires n'a, financièrement, jamais mis l'institution en péril.

Difficile, pourtant, de voir son nom associé au « Kita circus » et cette scène surréaliste de la première séance dirigée par Raymond Domenech accompagnée d'une bande-son de cirque diffusée par haut-parleur depuis la route longeant la Jonelière ! Un épisode épique dont l'écho a résonné jusqu'aux Etats-Unis via un sujet sur CNN, puis décliné en fausses affiches de cirque montrant Waldemar Kita grimé en clown apparues dans les rues, parfois sous le regard amusé des passants. A la mairie de Nantes, tout cela fait rire jaune, bien évidemment. "On est extrêmement attentif a la situation, assure un élu. Ca fait partie du patrimoine de la ville, c'est un de ses portes drapeaux. Une relégation aurait un impact désastreux pour la ville car le club est très important pour la cohésion sociale et l'image." 

Si la réussite du FCN était, jadis, un des baromètres mesurant la vitalité et la renommée de la ville, il n'en est rien aujourd'hui. Dans les commerces, la Maison Jaune ne fait pas (plus) recette. La faute notamment aux nombreuses restrictions de déplacement de supporters qui, auparavant (et bien avant la crise sanitaire), permettaient à quelques bars et restaurants de faire le plein les jours de match. La faute aussi à ces journées de championnat étalées sur trois jours avec des horaires peu compatibles avec une virée en ville. Et difficile, quand on vient de loin, de d'organiser une excursion dans la Cité des ducs lorsque les dates des rencontres ne sont fixées que deux à trois semaines avant... Mais au-delà de ces considérations de planning, le contexte social a largement supplanté le foot dans les préoccupations. Après les nombreuses manifestations ayant dégénéré le samedi (Notre-Dame des Landes, retraites, gilets jaunes...), c'est évidemment la pandémie et ses confinements successifs qui cristallisent l'inquiétude.

Le sport (et le football en particulier), dans tout cela, n'est plus un événement à Nantes contrairement à d'autres villes (Marseille ou St-Etienne par exemple) où le cœur bat toujours, parfois avec excès, pour son emblème. Gilles Rampillon veut pourtant croire en des jours meilleurs. Après tout, pour l'ancien goléador, les fondamentaux n'ont pas changé : "Le ballon est toujours rond, et c'est onze joueurs contre 11 joueurs". La société autour, en revanche, a évolué et n'accepte plus les excès et compromissions d'un sport gangréné par les scandales et l'argent. Et cela n'est pas spécifique à Nantes. 

A Nantes, Charles Guyard

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