Sidney GovouCredit Photo - Icon Sport
par Alexandre Corboz
SORTIE LITERRAIRE

Mbappé, le déclin de l'OL, Super Ligue, Mondial... Sidney Govou sans filtres sur tous les sujets !

A l'occasion de la sortie de sa nouvelle autobiographie « Gagner ce n'est pas normal » écrite avec Edward Jay (BFM TV/RMC) aux éditions « Les passionnés du bouquin », Sidney Govou a balayé, avec la franchise qu'on lui connait, de nombreux sujets de l'actualité de l'OL et du foot en général. Morceaux choisis.

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Sidney, pourquoi ce titre « Gagner ce n'est pas normal » ?

Sidney Govou : J'ai eu la chance de gagner pas mal à Lyon et il y a deux ou trois choses qui m'ont marqué pendant la période des sept titres. Je ne sais plus si c'était après le 5ème ou le 6ème titre mais, à un moment donné, sans donner d'explication, le président décide de ne pas fêter la victoire en Ligue 1. Là, je me suis dit : « Le message envoyé est moyen ». Quand tu sais que tu commences un championnat, que la finalité c'est de le remporter et que tu le fêtes pas, je trouve que tu tombes dans la banalité. Déjà de gagner c'est dur mais si à la fin tu n'as pas la petite carotte...

Dans l'effectif de l'époque, on est beaucoup dans ce cas : on se rappelle plus des célébrations à la fin, après le dernier match, que des points pris durant la saison. On se disait : « Il faut qu'on finisse bien la saison pour se faire une nouvelle fête derrière... » Cela nous a amené quelque chose en plus. Il faut bien avoir conscience que si Paris gagne aujourd'hui, ce n'est pas quelque chose de normal. Il faut se mettre dans les meilleures conditions pour gagner et l'avoir en tête au réveil tous les matins. C'est dur.

Depuis l'arrivée des Qataris, le PSG a quand même raté trois fois le titre et n'a jamais soulevé la Ligue des Champions. Cela montre que ce n'est pas si évident. Même quand on a de l'argent et des grands joueurs... On se rend compte de ce qu'on a accompli quand on ne l'a plus. Et c'est pour ça qu'il ne faut pas banaliser les succès. Il n'y a pas de logique dans la gagne.

Tu as déjà sorti une autobiographie en 2011 (« Je ne pensais pas aller si loin »). En dix ans, ta vision du foot a beaucoup évolué ?

Oui. A l'époque, j'étais encore joueur. Aujourd'hui, j'ai beaucoup plus de recul. J'ai toujours été relativement détaché des choses mais mon analyse est différente. Avant, je subissais. J'étais dans un système et je ne me préoccupais de grand chose. Je ne faisais pas attention à ce qui se disait autour. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus à l'écoute. Ma vision du foot a changé (…) Si je devais faire un come-back, je ferais les choses différemment... Mais pas toute ! (Rires)

« Oui, j'aspire à travailler dans un club »

Comment vis-tu ce rôle de consultant ?

Cela permet d'échanger énormément avec les gens : parler à des présidents, à des directeurs sportifs d'autres clubs, des services de sécurité, des membres des services de communication... Avant, tout ça me passait au dessus. Quand j'étais joueur, je parlais à mon président et basta ! Intellectuellement parlant, j'ai beaucoup appris du fonctionnement d'un club. Aujourd'hui, quand je juge l'OL, je le fais toujours en fonction de ce que je vois à côté...

Est-ce que ce que tu découvres te donne envie de franchir le pas et de revenir dans un club ?

Oui. Après il faut être légitime et que les gens pensent que tu es légitime. Peut-être que je pars de loin mais je vais y arriver... Oui, j'aspire à travailler dans un club. Je ne suis pas quelqu'un de pressé. Je pense qu'il y a des étapes à passer. Dans mon état d'esprit, ça me paraitrait une suite logique. Aujourd'hui, je suis déjà dans le foot amateur à Limonest (National 3), où ça travaille plutôt bien d'ailleurs. Après ma carrière, j'ai passé mon DES (diplôme d'entraîneur) car je ne savais pas trop ce que je souhaitais faire. Entraîner ? Ce n'est pas quelque chose qui me tente dans l'immédiat mais, comme je dis souvent dans ma vie, il y a beaucoup de choses que je ne pensais pas faire et que j'ai quand même faites...

Tu es quand même sans langue de bois, et encore plus depuis que tu as arrêté ta carrière. Tu n'as pas peur de freiner certains dirigeants ?

Peut-être que ça peut en freiner certains. Maintenant, quand j'affirme quelque chose, j'essaie de me justifier. Je suis dans l'échange. Ce que je dis aujourd'hui sur l'OL, je ne le dirais pas forcément dans la presse si j'étais au club. Ce qui est sûr, c'est que je n'aurais pas peur de le dire à Jean-Michel Aulas. Je sais très bien faire la part des choses...

Quel est ton regard sur la communication des clubs et des joueurs d'aujourd'hui ?

J'arrive à comprendre qu'un club tente désormais de limiter ou d'orienter un joueur lors de ses conférences de presse. Je ne trouve pas ça mauvais. Mais le gros danger, ce sont les réseaux sociaux. Moi, je regarde toujours l'heure des tweets, si c'est après l'entraînement, si c'est tard le soir... Car même s'il est bien géré au club, il ne faut pas oublier que le joueur est d'abord un jeune mec qui peut se laisser guider par ses potes et dont la communication est parfois géré par des gens extérieurs au club. Dès que c'est envoyé, c'est mort. Même si vous effacez, quelqu'un aura pris la photo. Pour moi, c'est le travail des centres de formation d'expliquer aux joueurs qu'on peut s'exprimer, qu'on peut dire les choses mais qu'il faut faire attention à certains éléments de langages.

« Mbappé ? Les rumeurs de départ, ça ne vient pas de nulle part »

C'est vrai qu'il y a parfois une dissonance entre ce qui sort dans la presse et les propos derrière...

Il n'y a qu'à prendre le cas de Kylian Mbappé au PSG. Les rumeurs de départ, ça ne vient pas de nulle part. On sait tous que c'est peut-être sa mère ou son cousin qui a parlé. Ou quelqu'un d'autre de son entourage. Est-ce que c'est le joueur qui parle sous couvert de ? Est-ce qu'il était seulement au courant ? C'est là que ça devient compliqué. Parfois l'entourage se permet de dire des choses qu'il ne devrait pas dire...

Y a-t-il des discours qui te dérangent dans le foot actuel ?

Quand j'entends des joueurs dire « je veux marquer l'histoire du club », ça me fait sourire … Tu veux marquer l'histoire du club ? Je suis content pour toi mais moi j'ai du mal à l'entendre. Quand tu vas dans un club, c'est pour gagner avec ce club. Le discours individualiste dénote pour moi du sport collectif. C'est mon avis... A Lyon, j'ai connu des joueurs qui disaient « je ne veux pas être le mec qui fait perdre » (Rires) « Je vous ai vu l'an passé, ça avait l'air bien, vous avez soulevé le trophée... Je veux faire partie de l'histoire. Je veux gagner ». Marquer l'histoire d'un club, c'est quelque chose qui ne se décrète pas à l'avance. Arrivera ce qu'il arrivera.

Pour parler de l'OL, comment vois-tu la transition à venir entre Jean-Michel Aulas et John Textor ?

Déjà, on va attendre que ce soit signé. Honnêtement, c'est dur car il n'y a que très peu de précédent dans ce sens-là. On parle quand même de Jean-Michel Aulas, un président fort d'un club propriétaire de ses infrastructures... Plein de choses me font dire que ça risque d'être compliqué. Quand un investisseur met autant d'argent, je le vois mal ne pas gouverner. Et c'est logique ! Quand tu achètes une belle voiture, tu veux la conduire. Je ne sais pas comment la vente va fonctionner, ce qui s'est dit... Je ne sais pas si Jean-Michel Aulas aura vraiment la mainmise sur les trois prochaines années.

Aujourd'hui, on sent que le président a envie de revenir sur le devant de la scène. Concernant le remplacement de Peter Bosz par Laurent Blanc, je pense que ça vient du président mais pas que. Cela ne peut être fait si le futur actionnaire n'est pas du même avis. On va rentrer dans un système où Jean-Michel Aulas aura quelqu'un au dessus de lui. Il aura un gros pouvoir de décision certainement. Mais je pense qu'il aura surtout le droit d'avoir des idées et ce sera à John Textor de décider si cette idée est bonne. Le schéma décisionnel va changer. Est-ce que Jean-Michel Aulas va s'en accomoder ? On verra lorsque John Textor lui dira non pour la première fois...

Est-ce rassurant de voir la gouvernance changer ?

Si les mecs au dessus sont bons, oui. Si les décideurs ne sont pas bons, ça deviendra alors inquiétant... Il faut des gens compétents, rodés au fonctionnement d'un club à tous les niveaux. Moi, l'administratif d'un club de foot, je ne connais pas. Je ne vais pas aller donner des leçons dessus. J'énonce des évidences et pourtant ça l'est tellement que c'est de moins en moins vrai dans les clubs...

Penses-tu qu'un lien a été cassé à l'OL ? A ton époque, lors des belles années, les pros et les jeunes du centre déjeunaient ensembles...

Oui, c'est vrai ! Mon après-carrière m'a amené dans d'autres clubs voir ce qui s'y passe et je pense que le côté humain est primordial. L'OL l'a perdu de vu en voulant être un grand club. Sauf qu'on peut garder ce côté humain en étant un grand club, le Bayern Munich le prouve. Là-bas, il y a une sorte de mélange structuré. Quand les pros sont à huis clos, personne ne les embête mais il y a d'autres moments de convivialité. Des clubs y reviennent d'ailleurs comme le PSG où Luis Campos a dit vouloir remettre en place ça.

Quand tu as quelqu'un qui travaille pour toi, c'est la base de le connaître. C'est vrai pour l'intendant, pour la femme de ménage, pour le jardinier... Le fait de croiser les gens du plus haut jusqu'à la base, de pouvoir leur dire bonjour, ce sont des petites choses mais ça contribue à créer une énergie. A l'OL, j'ai l'impression que les gens qui travaillent au club le font en étant forcés. Quand tu redonnes de l'humain, ça peut créer le supplément d'âme qui, à un moment donné, te sortira de la merde...

A Lyon, c'était un peu la méthode Houllier à Tola Vologe …

Tout à fait ! Alors vous (les journalistes), ça ne vous régalait pas car c'était plus carré et il n'y avait plus d'interviews sur le parking ou en sortant de l'entraînement. Mais il y avait des moments, un mot pour tout le personnel, un respect pour son staff... C'était très pro, très structuré mais il y avait toujours cette part d'humain à donner de l'accessibilité des joueurs à tous. Pas tout le temps mais de façon organisée. Je trouve que c'est quelque chose d'important mais qui se perd.

Ce n'est pas la seule raison du déclassement de l'OL depuis quelques saisons...

Non. Il y a aussi un problème d'auto-jugement à Lyon. La première qualité d'un sportif, c'est de s'auto-analyser. Tu ne peux pas attendre qu'on te dise les choses, tu dois le savoir. Dans un club, c'est un peu la même chose. A l'OL, on n'accepte pas le fait d'être dans le faux. On ne l'accepte pas de façon publique. Je pense qu'au club, on sait qu'on se trompe mais en niant les choses, ça crée une atmosphère détestable pour la progression.

Il n'y a rien de mal à dire qu'on s'est trompé. En tout cas, c'est mon avis. Peut-être qu'on va me dire que si on fait ça, l'action en bourse va chuter … C'est une donnée que je n'ai pas. Mais si on parle purement du sportif, je pense que, quand tu te trompes, tu dois identifier ce qui ne va pas. De toute façon, les gens te jugent. Le danger, c'est de faire croire que tout va bien et de s'en autopersuader en retour. Pour moi, le déclin général vient de là.

Le racisme, un sujet qui lui tient à coeur

Dans son livre, Sidney Govou évoque un autre sujet sociétal important : le racisme. Il narre notamment une anecdote qui lui est arrivé au Puy-en-Velay, sa ville d'origine et pousse pour des sanctions plus fermes pour chasser les auteurs des stades : "Les autorités ont du mal à le juger, et surtout à prendre des décisions rapidement. En Angleterre ils ne mettent pas 10 ans à interdire un supporter de stade. Il faut des sanctions qui feront office d’exemple, cela va dissuader des gens qui ne se rendent pas compte. Mais pour d'autres, ça ne changera pas. Ce n'est pas une maladie, c’est un état d’esprit". S'il reconnait l'avoir subi parfois des tribunes avec l'effet de masse, l'ancien international l'assure : jamais ce n'a été le cas par un adversaire et un arbitre sur le terrain.

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« La Super Ligue, c'est la suite logique »

Dans ton livre, tu as un avis très tranché sur la Super Ligue fermée. Pour toi, c'est une évolution inéluctable du foot ?

C'est la suite logique. On ne peut pas investir autant d'argent et dépendre des résultats sportifs. Je pense qu'on viendra assez vite au système américain. Bon, il y a eu l'échec de la Super Ligue telle qu'elle a été pensée mais c'est surtout parce que certains se sont trompés sur la manière de l'amener au public...

En tant que fan de basket, tu es favorable à ça ?

Je n'ai pas à être favorable ou non. On ne me demandera pas mon avis. Oui, j'aime bien la NBA mais le foot que j'aime et que je connais ce n'est pas ça... En même temps, une ligue fermée, que j'aime ou non, j'aime avant tout le foot. Si on me propose des affiches toutes les semaines, oui je serais dans mon canapé et je regarderais. Je n'en serais pas à me dire : « je préférais avant, à l'époque des descentes et des montées, etc. ». Je ne vais pas me priver de regarder parce que le système ne me plait pas.

Les gens au dessus de nous prendront des décisions et on subira. Encore que « subir » n'est pas le bon mot. Demandez aux plus jeunes ce qu'ils en pensent. Mon fils de 13 ans, on lui propose de choisir entre Real Madrid – PSG, FC Barcelone – Manchester ou OL – Lorient, il prend les gros matchs même s'il est supporter de Lyon ! Lui, je suis pas sûr qu'il subisse... C'est une évolution du football auquel il faut se préparer.

Doit-on en déduire que tu ne boycotteras pas le Mondial au Qatar ?

Bien sûr que je regarderai la Coupe du Monde ! Je n'ai pas à subir une décision prise il y a douze ans. Qu'est-ce que ça va changer si je la regarde ou pas ? Cela fera plaisir à qui ? A moi ? Aux gens qui vont dire : « il est bien, il a une conscience » ? Dans cette histoire, nous, le public, on est finalement petit. Il faudrait une action de grande ampleur. J'ai vu que des salles de sport ne retransmettront pas la Coupe du Monde. Ça va changer quoi ? Il y aura moins de fréquentation pendant les matchs dans ces salles et c'est tout ! Il faut arrêter de se mentir. On va tous regarder. Il y a une différence entre ne pas y aller, dénoncer et ne pas regarder. Oui, ce Mondial est une aberration mais on se trompe d'action.

Govou fait la promo de son livre

A l'occasion de la sortie de sa nouvelle autobiographie « Gagner ce n'est pas normal » écrite avec Edward Jay (BFM TV/RMC) aux éditions « Les passionnés du bouquin », Sidney Govou a balayé, avec la franchise qu'on lui connait, de nombreux sujets de l'actualité de l'OL et du foot en général. Morceaux choisis.

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